Les crumbles de Miss Alfie

Des crumbles de vie, des goûters de petits bonheurs, des repas de petits plaisirs...

vendredi 29 février 2008

Miss Alfie et son GPS

Miss_Alfie_et_son_GPS

Depuis trois ans, dormait dans un placard de l'appartement maternel un GPS obtenu avec ma cher voiture lors de son acquisition, à l'époque où j'étais encore étudiante et où je n'imaginais pas faire 1500 km par mois dans mon véhicule. Jusqu'à présent, je n'avais pas trouvé nécessaire de fixer à mon pare-brise avant le support du dit appareil, connaissant globalement les trajets que j'avais à faire et me fiant surtout à mon bon vieux guide de la route qui commence à être tout passé.

Oui mais voilà. Depuis cinq mois, je bosse dans une structure de soins à domicile, et en campagne. Ce qui signifie, pour faire simple, que je me déplace au domicile des patients pour les rencontrer quand des besoins sociaux émergent. Et comme, pour m'amuser un peu plus, je travaille sur deux unités distantes l'une de l'autre de 30 kilomètres, mon secteur d'intervention a un diamètre de près de 100 kilomètres. Autant vous dire que quand je pars rendre visite à un patient, j'ai intérêt d'anticiper le temps de trajet, et de limiter à deux le nombre de visites par demi-journée !

Alors certes, la campagne, c'est bien, c'est joli, c'est plein de petites routes où y a pas un chat mais parfois des tracteurs dans la journée, mais c'est aussi plein de lieux dits que même les meilleurs sites internet de cartographie routière ne connaissent pas ! Du coup, dès qu'une visite s'inscrit dans mon agenda papier et dans mon agenda sur l'ordinateur, je fonce dans la salle des soignants demander aux infirmiers et aux aides soignants qui y sont déjà allé par où passer. Parfois, j'ai pas de chance, il n'y a personne, et je me retrouve à tenter désespérément de les appeler sur leurs téléphones portables pour qu'ils fassent du téléguidage tandis qu'ils sont en train de faire la toilette de madame Bidule. Et parfois, j'ai pas de chance, parce que même si j'ai réussi à les voir, que j'ai tout bien noté le trajet, ben y en a un qui a dû halluciné en voyant un arrêt de bus qui n'existe pas et que je cherche inlassablement sur la route pour finir par passer un coup de téléphone à la personne chez qui je me rends en passant pour une grosse débile qui sait pas lire une carte routière.

Du coup, dimanche matin, alors que le soleil breton pointait à travers mes volets, que j'émergeais tranquillement de mon sommeil réparateur, que j'envisageais mon ménage à faire, j'ai sauté dans un jean, enfilé mes baskets, et emmené ma voiture jusqu'à l'appartement maternel pour récupérer la solution à tous mes problèmes : mon GPS ! Aussitôt dit, aussitôt fait, je le branche, je le configure, et je lui demande de me ramener chez moi, histoire de le tester et de voir si on est d'accord tous les deux. D'ailleurs, je tiens à préciser que j'ai configuré la voix du monsieur, parc que la greluche blondasse qui me dit par où passer, ça va vite me saouler. En revanche, un charmant jeune homme, de suite, je suis plus coopérative !

Bref, donc me voilà en voiture, écoutant doctement les indications de mon monsieur électronique, et l'envoyant légèrement bouler quand, à l'approche de ma demeure, il me somma de faire demi tour à un endroit où je ne pouvais pas faire demi-tour pour cause de travaux de voirie qui durent depuis des mois et des mois en raison de l'ouverture future et prochaine d'un grand magasin d'ameublement suédois à proximité de mon logement.

Mais je me trouve confrontée désormais à un souci : la dépendance au GPS. Oui, je ne peux plus m'en passer. D'ailleurs, l'autre soir, je lui ai demandé de me conduire chez ma meilleure amie, comme si je ne connaissais pas cette route que je fais au moins une fois par semaine !
Je suis donc à la recherche d'une structure de soins me permettant de me sevrer de ma dépendance au GPS, car si les choses continuent ainsi, je sens que je vais bientôt lui demander mon chemin pour aller de ma cuisine à mes WC... Au cas où ces derniers aient changé de place entre la poire et le dessert !

Texte © Miss Alfie 2008

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lundi 28 janvier 2008

Mon fan-club !

Mon_fan_club

Non, ce titre n'a rien de présomptieux ! Oui, j'ai un fan-club ! Enfin, un mini fan-club... Ou plutôt quelques patients qui m'aiment bien... Et surtout qui le disent ! Bon, en soit, c'est vrai, ça peut paraître un peu prétentieux que de présenter les choses ainsi. Mais laissez-moi plutôt vous expliquer !

Pour ceux qui n'ont pas suivi les épisodes précédents, je bosse en tant qu'assistante sociale dans une structure d'hospitalisation à domicile - pour plus de précisions, posez vos questions, je peux expliquer ce que c'est ! -. Je vais donc régulièrement rendre visite aux patients que nous prenons en charge d'un point de vue médical pour faire le point et répondre à leurs demandes d'ordre social, généralement la mise en place d'aides à domicile. Dans ce cadre, j'ai été interpellée par les infirmiers et les aides-soignants d'une de mes deux unités pour rendre visite à un couple dont nous nous occupons du monsieur.

Tous deux dans la soixantaine, ils vivent ensemble, dans une belle harmonie. Ils ont deux filles, des petits-enfants, une jolie maison adaptée. Mais depuis de nombreuses années, monsieur est handicapé, et a récemment développé un cancer qui lui provoquent d'importantes douleurs. Ce monsieur est désormais très dépendant, a besoin d'aide pour beaucoup de choses, et cette aide, c'est pour l'instant son épouse qui la lui apporte, exception faite des soins médicaux et paramédicaux bien évidemment !
Sauf que madame doit se faire opérer en avril d'un problème de hanche, et que, de ce fait, elle ne pourra plus en faire autant dans la maison. Pour quelqu'un de dynamique comme elle, cela va être une épreuve de force que de laisser les autres faire à sa place ! Enfin, toujours est-il que je me suis rendue chez eux, que nous avons discuté près d'une heure, échangé sur le problème qui m'amenait, à savoir trouver une solution pour suppléer à la prochaine incapacité de madame, mais aussi sur tout et rien, sur leur vie, sur leur maison, leurs loisirs et leur famille.

Jusque là, rien d'anormal ni d'exceptionnel, me direz-vous ! Oui, mais voilà que ce midi, l'infirmière qui est passée chez eux entre temps vient me raconter au beau milieu du repas que ça y est, j'ai tapé dans l'oeil du petit monsieur, et que depuis jeudi, il ne tarit pas d'éloges à mon égard. Mes joues habituellement rouges ont viré cramoisi, faisant un contraste saisissant avec mon pull gris !
Donc voilà, ajouté à mon petit monsieur de 50 ans qui me transmet toutes ses sympathies par l'intermédiaire des mêmes collègues, je crois que je vais pouvoir ouvrir un fan-club ! Non, plus sérieusement, j'avoue que là, c'est le genre de remarque qui fait plaisir à entendre parce que bon, d'une part, c'est jamais désagréable d'avoir des compliments, mais d'autre part, c'est le signe qu'avec ces patients là, la relation est passée, qu'une confiance va pouvoir s'installer, et qu'on va pouvoir bosser ensemble pour améliorer leurs conditions de vie. Ah oui, et aussi, après les visites où on se fait limite jeter dehors, parce que bon, les assistantes sociales, c'est toutes des peaux de vache, ça remet un peu de baume au coeur professionnel !

Texte © Miss Alfie 2008

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lundi 24 décembre 2007

Contrastes de Noël

Ce soir et demain, dans beaucoup de foyers, les cadeaux vont s'entasser sous le sapin, les cuisines vont se remplir d'effluves alléchantes. Saumon, foie gras et autres douceurs vont extasier les palais rafraîchis par l'hiver.
Ce soir et demain, les églises vont se remplir de chrétiens qui n'y mettent les pieds qu'une à deux fois l'an, persuadés de faire là une bonne action, ou juste parce que c'est la tradition, et que c'est rassurant de respecter la tradition de la messe de Noël et du repas en famille.
Ce soir et demain, les cinémas se rempliront de famille au grand complet qui occuperont les enfants en attendant que le monsieur en rouge ne débarque pour se délester de ses paquets, de couples qui partiront ensuite dans la famille de l'un ou de l'autre.
Ce soir et demain, je resterai chez moi, je cuisinerai, j'arrangerai mes cadeaux au pied du sapin, je mangerai à ma faim, me remplirait la panse avant de me glisser dans mon grand lit un peu trop froid mais où c'est pas si mal, peut-être, de dormir au milieu. J'oublierai mes dossiers de travail pour les retrouver mercredi.

Ce soir et demain, dans quelques maisons, les cadeaux se limiteront à un vêtement utile et le repas amélioré contiendra un peu de viande ou de poisson, à moins que ce ne soit une sortie dans une crêperie, une pizzeria, ou un fast food.
Ce soir et demain, les foyers pour SDF accueilleront ceux qui auront accepté de quitter la rue, délaisser parfois leurs chiens, remiser leur remontant, pour dormir au chaud et éviter de finir leur vie comme l'inconnu de la place de la Concorde la semaine dernière.
Ce soir et demain, des couloirs d'hôpitaux se rempliront de familles venues tenir compagnie à celui qui passe ces deux jours dans une chambre aux murs pastels qui commencent à s'écailler.
Ce soir et demain, des familles pleureront aussi, des professionnels se repasseront en boucle le film du week-end précédant, repenseront à cette petite dame un peu casse-pieds mais quand même sacrément attachante, qui, surtout, ne méritait pas de tomber de son lit dans la nuit de vendredi à samedi, ne méritait pas de se fracasser la tête sur le sol, de se voir mourir dans une marre de sang, seule dans la nuit.

Ce soir et demain, chacun de nous songera à faire la fête, ou pas, sourira devant ses cadeaux, ou pas, mangera au chaud, ou pas.
Ce soir et demain, je rêve encore, à 24 ans, qu'une main bienfaisante souffle de l'air chaud sur ceux qui dorment dehors, efface les dettes, les découverts et les déficits en remplissant assiettes et chaussons, soigne les corps et les âmes blessées, ouvre une parenthèse de douceurs, ne serait-ce que pour 48 heures...

Texte © Miss Alfie 2007

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mercredi 31 octobre 2007

Miss Alfie au chômage, 2e épisode...

Miss_Alfie_au_chomage2

Il y a un peu plus d'un mois, je vous avais relaté mes premiers contacts avec le monde du chômage. Il est vrai, depuis le 1er octobre, je suis officiellement salariée à mi-temps dans une entreprise. Mais, d'une part, je suis toujours inscrite comme demandeuse d'emploi - oui, moi je féminise l'administration - puisque je ne travaille pas encore à temps plein, et d'autre part, je suis toujours susceptible d'obtenir des allocations de chômage pour le mois de septembre au cours duquel je n'ai pas travaillé.

En effet, mon dossier est arrivé rapidement à l'hôpital qui s'avère être mon organisme payeur, et je vous avais laissés sur ces informations. Or, sachez que cela n'était pas la fin de l'histoire. En effet, très rapidement, j'ai reçu la notification m'indiquant que je pouvais bénéficier d'une allocation journalière qui, une fois ramenée au mois, me fit ouvrir des yeux ronds : à ce prix là, j'aurai mieux fait de rester au chômage plutôt que de prendre un travail à mi-temps puisque pour l'instant, je touche 170 euros de moins en bossant... J'en étais presque étonnée, de la recevoir si vite, et je me maudissais déjà d'avoir été mauvaise langue avec mon ancien employeur...

Aussi sec, j'ai renvoyé mon attestation sur l'honneur, et comme je suis une fille honnête, j'ai bien indiqué que je n'avais pas travaillé en septembre. Naïvement, je pensais que tout était parfaitement en règle, et que j'allais percevoir aussi rapidement mon dû que j'avais reçu ma notification. De rapidement, je suis passée à "à la fin du mois". Oui, car pour être une ancienne salariée de cet hôpital, je sais qu'ils ne font aucun versement en cours de mois. Il avait déjà fallu que je bataille ferme pour obtenir une avance sur salaire lors de mon embauche parce que vous comprenez, étant donné que j'étais arrivée le 5 juillet dans la boîte, je n'aurai dû être payée que fin août, les payes étant envoyées le 4 du mois. Sauf que mon propriétaire et toutes la clique de mes divers créanciers n'auraient sûrement pas apprécié que je décale d'un mois tous mes paiements.

Bref, les choses avaient alors pu se faire, et j'ai, encore plus naïvement, cru que tout allait bien se passer pour mon allocation de chômage. Or, après un coup d'oeil à mon compte bancaire, j'ai réalisé que la fin octobre était déjà là en voyant l'inscription de mon salaire du mois d'octobre sur mon compte. Recherchant dans ma mémoire et dans mes tablettes informatiques, l'hôpital me versait habituellement mon salaire aux alentours du 28 du mois... Et nous sommes le 31... et je n'ai toujours rien !

Déformée professionnellement par les démarches pour les autres, j'ai pris mon petit téléphone pour appeler le service concerné à l'hôpital, histoire d'avoir des nouvelles et de savoir à partir de quelle date je pouvais scruter mon compte et espérer mettre un peu d'argent de côté pour ma future acquisition numérique. Et là, surprise !
- Votre nom ?! - Et ben celle là, son amabilité s'est pas arrangée depuis que je suis partie... -
- Bidule...
- Nan, j'ai rien...
- Alors c'est prévu pour novembre peut-être ? - Garde ton calme, Alfie, ne t'énerve pas... -
- Nan plus... Rien...
- Vous n'avez rien pour novembre ?! Mais ce sont quand même des allocations correspondant au mois de septembre ?! - Là, te laisse pas faire non plus... -
- Ben j'en sais rien moi ! C'est pas moi qui m'en occupe, rappelez madame Machin la semaine prochaine ! - Ben tu pouvais pas le dire plus tôt, 'spèce de fonctionnaire ! -

Sur ce, j'ai raccroché mon téléphone après quelques politesses d'usage, parce qu'il ne s'agirait pas qu'on me traite de malpolie, en plus de quémandeuse ! J'ai reposé le combiné sur sa base. J'ai regardé ma montre. J'ai pris mon manteau, fermé mon bureau et suis allée fumé une cigarette dehors en pestant contre les administrations.

Et oui, parce que si on fait le compte, j'ai eu un salaire de mi-temps fin août, agrémenté d'indemnités de fin de contrat et de congés payées, donc ça a été au mois de septembre. Fin septembre, un zéro pointé s'est affiché sur le compte, zéro que j'ai pu remplacé par quelques économies de côté de manière à tenir jusqu'à la fin de ce mois en cours. Mois pour lequel je viens d'obtenir un paiement qui va me permettre de payer mes factures de novembre, mais sans doute pas de manger !

Donc, si je résume, sans mes petites économies, je vous laisse imaginer ce que ce mois d'octobre aurait pu être. Quant à mes sous de septembre, ils sont peut-être partis prendre un peu de repos avec la nana qui s'occupe de mon dossier d'allocations de chômage partie en vacances... Vacances... C'est bien ce truc qu'on peut prendre quand on a des sous, non ?!

Oh ! Mais j'y pense tout à coup ! Peut-être pourrai-je écrire à notre cher Président qui, lui, voit ses ressources augmenter de 140 % d'un tour de main ! Qui sait si dans sa générosité envers les plus nécessiteux il n'accepterait pas de me faire une avance sur allocations de chômage ? Non, parce que bon, en plus, moi je suis une bonne chômeuse - je travaille déjà hein ! - et une bonne pauvre - ouais, je consomme quand même, trop mais tant pis... C'est pour me consoler d'être sous le seuil de pauvreté ! -.

Texte © Miss Alfie 2007

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mardi 30 octobre 2007

Cap' ou pas cap' ?!

Cap_ou_pas_cap

Quand on commence un nouvel emploi, il est de notoriété publique et légalement obligatoire de passer une visite médicale d'embauche à la médecine du travail. Visite qui doit, il me semble, être renouvelée tous les ans, sans que je puisse pour autant vous l'affirmer, n'étant jamais restée suffisamment longtemps dans une entreprise pour en avoir deux pour le même employeur. Et sincèrement, c'est pas franchement une grosse perte, si ce n'est de temps...

Hier donc, lundi, j'avais rendez-vous à 14h50. Un gentil petit texto du service RH - ressources humaines, pour ceux que ça fait chier de faire snob... - me l'avait rappelé la veille sur mon portable professionnel coupé pour cause de week-end, texto que je n'ai donc eu qu'en arrivant au travail hier à 13h30. Heureusement que j'ai une tête, sinon on serait mal barré. Donc j'arrive au boulot, café avec les collègues, et comme toujours, le staff qui commence à la bourre, à peine un quart d'heure avant l'heure prévue de mon départ pour ma super visite. Et là, paf, forcément, c'est pile quand on commence à évoquer la situation d'une patiente pour qui j'interviens, une situation pas très facile qui prend du temps et sur laquelle il était prévu que l'on réfléchisse, que l'horloge murale me fait signe que si je ne veux pas me faire pincer pour excès de vitesse sur la rocade, il est temps que je bouge mon derrière de ma chaise.

J'abandonne donc mes collègues en pleine parlementation, dépitée, laissant sur mon bureau mes affaires en bazar avec l'idée de les ranger à mon retour, et je récupère une voiture de service. D'ailleurs, à ce propos et entre nous soit dit, je préfère largement ma Corsa à la Clio qu'on me refile à chaque fois... C'est quoi ces bagnoles de service ? Et en plus, elle a moins de bornes que la mienne ! Mais qu'est-ce que je suis pas bien dedans !
Enfin bref... Pied sur le champignon, je double quelques camions, salie bien le bas de caisse dans des routes de campagne dégueulasse vu le temps du jour, récupère la quatre voies, puis la rocade, et je trouve enfin une place entre deux arbres à l'arrivée. L'horloge de la voiture indique 14h50 pétantes. D'un pas alerte de quelqu'un en parfaite santé et qui surtout, n'a pas du tout mal au dos, je file au comptoir d'accueil et poireaute pendant que la standardiste définit les dernières modalités de rendez-vous de son repas du lendemain avec sa copine.

Quand enfin elle s'intéresse à moi, je dois me dirigez vers une sorte de salle d'attente composée de 3 chaises autour d'une table basse supportant un amoncellement de revues déchirées totalement obsolètes ou destinées à des aficionados de voitures et de motos. Il y a là une femme enceinte qui attend en mettant son agenda à jour, et moi qui sort subrepticement le poids mort qui alourdissait mon sac. Et oui, ayant prévu le coup de l'attente, j'avais aussi prévu qu'Harry puisse m'accompagner dans cette attente.

Je vous passe les détails de l'attente, mais elle fut interminable car Harry ne fit qu'une brève apparition dans la salle d'attente, étant rapidement rejointe par une des personnes de la direction devant qui je me voyais mal afficher mes lectures. Ben oui, normalement, une visite médicale d'embauche se fait sur le temps de travail... Or, lire un roman sur le temps de travail ne fait pas partie des attributions d'une assistante sociale, surtout quand le dit roman s'appelle Harry Potter et les Reliques de la Mort, et je n'ai pas vraiment envie que l'on profite des derniers jours de ma période d'essai pour me virer sans préavis ni indemnités pour lectures inadaptées sur le temps de travail...

Qu'importe, mon après-midi fut malgré tout occupée entre l'assistante médicale qui refit mon dossier - 2002 c'est loin ? Nan ?! C'est vrai ?!!! - et la médecin du travail... Tout un poème celle-là...
- Alors, vous avez eu des problèmes de santé depuis 2002 ?
- Heu oui, des problèmes de dos... Une hernie discale en avril dernier...
- Où ça ?
- - Aux pieds... bécasse... - Entre L4 et L5...
- Et des douleurs où ?
- Bas du dos et jambe, le nerf sciatique a été coincé...
- Ah ben non, c'est pas possible pour la sciatique... - Nan, t'as raison, je dis juste ça pour te faire chier... J'ai jamais eu mal au dos, jamais été pliée à 90° et jamais porté de ceinture lombaire pendant 3 mois... Bref, passons au sujet suivant... -

Ah ben non, sujet suivant ? Y en a pas eu ! Et oui, comme je vous le dis... J'ai eu le droit d'être pesée, tensiométrée, réfléxisée, mais les antécédents familiaux ne changent pas pour les médecins du travail en 5 ans - C'est vrai, aucun cancer dans les proches parents depuis ! Franchement, où avais-je la tête ! - et surtout, non non non, on ne va pas me demander si je fume, ça complexifierait la tâche...
Mais bon, j'ai quand même eu le droit de poireauter à nouveau avec la femme enceinte du début et l'autre nana de la DRH de passer un super test pour la vision alors que je viens de lui dire que j'ai été en mai dernier chez l'ophtalmo, qu'il m'a changé ma correction, et que les véhicules de service, je les utilise quand même exceptionnellement si l'on compare avec les soignants qui tournent avec tous les jours... Alors là, il a fallu que je dise combien de points lumineux je voyais, si les traits étaient alignés, que j'ânonne les lettres et les chiffres qui s'affichaient et j'en passe... Et l'assistante de me demander pourquoi il fallait me faire faire ce test vu que je prends quand même pas si souvent que ça la voiture de service... - Ah ben ça... Moi non plus, j'ai pas compris... Si elle m'avait prescrit des examens pour le dos, cela m'aurait semblé plus logique... -

Ceci entraînant cela, je suis repartie à 16h35 de ce lieu où j'ai bousillé une après-midi sans même pouvoir lire Harry Potter et en me disant qu'on leur dit bien ce qu'on veut, à ces médecins du travail... Et surtout à celle que j'ai vu... Parce que sincèrement, à la question : "Mais vous n'avez pas de problèmes pour conduire ou pour vous déplacer avec votre dos ?", je n'allais pas répondre "Ben c'est-à-dire qu'en ce moment, quand je conduis, je serre les fesse et je gueule à mon dos d'aller se faire voir... Enfin, à condition de m'être levée suffisamment tôt pour avoir eu le temps de me dérouiller..."
Et oui, parce qu'à mon avis, si j'avais répondu cela, mon "Apte" n'aurait peut-être pas été inscrit sur le papier blanc que je peux désormais remettre à mon employeur...

Conclusion de l'après-midi, si vous voulez perdre votre temps, filez de suite demandez à votre patron un rendez-vous à la Médecine du Travail !

Texte © Miss Alfie 2007

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jeudi 25 octobre 2007

Un jeudi matin sans mon lit...

Un_jeudi_matin_sans_mon_lit

On est jeudi.
L'horloge de Windows pas Vista indique 09:44 à l'instant où je commence la rédaction de ce billet.
Je suis assise sur une chaise pliante noire, devant un grand bureau en contre-plaqué couleur hêtre, sur lequel sont éparpillés quelques cahiers, papiers et téléphones.
Devant moi, la petite lampe de bureau éclaire le clavier de mon ordinateur à écran plat tout neuf et ultra sécurisé sur lequel j'arrive à accéder à internet, mais certainement pas à jouer au Solitaire ou au Démineur.
De l'autre côté du bureau, la chaise sur laquelle je devrais être assise est remisée dans l'angle de la pièce, pas du tout bien réglée et impossible à changer de position.
Sur les murs blancs, j'ai posé quelques posters survivants de ma période nemourienne acquis lors de mes ballades dominicales à Ikéa et mon tableau en liège est toujours posé sur le sol, sous la fenêtre dans mon dos.
Les locaux sont vides, à l'exception de mon bureau et de celui de la secrétaire. La cadre de santé et la médecin de l'unité sont à la réunion hebdomadaire des cadres et les infirmiers et les aides soignantes sont en train de faire leurs tournées.

On est jeudi.
A 09:44 le jeudi, généralement, je suis sous ma couette, ou j'en émerge juste. Je prends alors un bon petit déjeuner, enveloppée dans mon peignoir, la radio en fond sonore, à moins que ce ne soit la télévision.
Oui, mais pas aujourd'hui. Tout ça à cause d'une réunion qui n'a même pas lieu, mais qui va avoir le maigre avantage de me permettre de dormir demain matin, vendredi.

Le vendredi, habituellement, je travaille jusqu'à midi et demi. Après quoi je file sur Rennes poser mon derrière au parc Oberthür avant d'aller manger au restaurant avec mon père. Et puis après, je trouve toujours des tonnes de choses à faire avant d'aller scribouiller pendant deux heures avec d'autres inconditionnels de la plume.

Et bien demain, je me lèverai tranquillement, je descendrai à la boîte aux lettres, j'y récupérerai le dernier tome d'Harry Potter et je le mettrai dans mon grand sac fourre-tout. Une fois préparée, je filerai en ville manger au restaurant avec mon père, et une des soeurs de ma mère, que j'accompagnerai ensuite dans la chambre aseptisée de sa soeur où je passerai un temps certain, très certainement plongée dans le dénouement de ma saga préférée, uniquement dérangée par les hommes et femmes en blanc venant qui porter le goûter, qui prendre la tension, qui vérifier les pansements.

En attendant, il est maintenant 09:55 sur mon écran, le temps est toujours aussi sombre, j'ai toujours le nez bouché, envie de dormir et pas la tête à chercher un établissement pour personne handicapée qui accepterait de prendre une de nos patientes en hébergement temporaire pendant deux ou trois semaines, juste le temps que sa famille puisse elle aussi se reposer.
Heureusement, à 12:30, je serai à République, en train de me noircir les poumons en attendant une amie, une cousine et une autre amie pour aller manger dans notre restaurant gastronomique favori un Big Mac ou un Mac Bacon avant de faire une arrivée attendue et en fanfare dans la chambre d'hôpital précitées et dans laquelle le défilé des amis va se prolonger une bonne partie de la journée.

Bon, c'est pas le tout, mais il parait qu'il faut bosser... Alors c'est peut-être le moment d'essayer de chercher un financement pour une aide ménagère en sortie d'hospitalisation, non ?!!! Et puis bon, le travail, c'est la santé, non ?!

Texte © Miss Alfie 2007

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mardi 2 octobre 2007

Wonderwoman

Wonderwoman

A mes plates excuses présentées ce matin même afin de justifier l'absence de l'épisode habituel de votre feuilleton préféré, Christophe répondait que le fait d'avoir repris le travail n'était pas une excuse valable, puisque lui, il blogue depuis son travail. A cette remarque, je souhaiterai opposer mon argumentaire complètement valable et étayant l'absence de messages sur ce blog depuis samedi... Si ce que j'ai publié samedi peut s'appeler message... A mon avis, "psychothérapie de comptoir" serait plus appropriée !

Alors oui, j'ai repris le boulot depuis hier, lundi 1er octobre, j'ai un bureau, un ordinateur, un téléphone portable et une commande de fourniture qui devrait arriver demain ou après-demain. Mais j'y reviendrai. Parce qu'avant l'angoisse de la rentrée, la poussée d'adrénaline concommitente à la première poussée de la porte des locaux et les présentations officielles, il y a quand même eu le week-end ! Et accessoirement une semaine avant le week-end ! Genre, une semaine avec : véhiculage à l'aéroport ; démarches diverses aux quatre coins de la ville, pour certaines inutiles du style de l'ANPE ; journée dans un magasin suédois à cent bornes de la maison ; activités domestiques diverses et rébarbatives ; rencontres professionnelles en prévision de l'embauche, ou comment commencer à stresser alors qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter ; activités sportives avec plus ou moins de conséquences physiques ; shopping intensif pour profiter des journées promotionnelles et refaire une partie de la garde-robe ; squattage d'un appartement avec ou sans nourriture ; crémaillère d'un autre appartement et essayage de chaussures à hauts, très hauts talons ; tentative de mise en lien d'amis divers avec plus ou moins de succès ; nuits trop courtes, mais ça, ça change pas de d'habitude !

Bref, une semaine bien remplie, bien chargée, et même pas vraiment le temps de me poser pour écrire, à l'exception de vendredi soir et de ma nouvelle activité pour l'année : un atelier d'écriture ! Et oui, j'ai sauté le pas et je me suis éclatée pendant deux heures à cette séance d'essai. Pouvoir partager, écouter les autres, avoir leurs réactions en direct donne une consistance totalement différente à l'écriture et me la rend mille fois plus vivante. J'attendais souvent le vendredi soir avec impatience, mais maintenant, je trépigne d'impatience si j'ai le malheur de voir que la semaine qui commence s'achève par un feu d'artifice littéraire !

Bon, et puis bien sûr, il y a eu la reprise du travail, juste le jour où l'unité sur laquelle je bosse faisait son pot d'inauguration. Ce qui m'a amenée à débouler à l'heure où j'arrive théoriquement, mais non pas dans une pièce avec trois ou quatre visages vus la semaine précédantes, mais plutôt une quarantaine de parfaits inconnus qui m'arrêtaient tous les cinquante centimètres en me demandant qui j'étais. Ce à quoi je répondais inmanquablement que j'étais l'assistante sociale du lieu, et que s'ils ne m'avaient jamais vu, c'était tout à fait normal, puisque je débarquais présentement, en l'instant... Le tout avec un grand sourire avant d'aller me réfugier dehors à fumer une cigarette en me demandant si tous ces gens allaient bien vouloir de moi...

Pour l'instant, les choses ne se passent pas trop mal. Le contact se fait peu à peu avec les professionnels paramédicaux, contact souvent un peu délicat à établir. Il va une nouvelle fois falloir que je fasse mon trou, que je m'insère dans une équipe, que je leur prouve que non, toutes les assistantes sociales ne sont pas chiantes, rébarbatives, vieilles filles et coincées... Même si j'ai un chouilla l'impression d'en avoir vu un superbe spécimen cet après-midi même, après avoir déjà commencé à améliorer mon salaire de frais de transport, et même si, vu l'évolution de ma vie privée à l'heure actuelle, chacun de vous est en droit de se poser la même question que moi : vais-je réellement réussir à échapper à la malédiction de la vieille fille ?!

Enfin bref, on s'éloigne du sujet, mais ça, c'est la faute à mon cerveau, qui me fait le coup de temps à autre. Et du coup, il m'arrive parfois de plus en plus souvent de me retrouver quelque part sans savoir pourquoi j'y suis vu que ce n'était pas là que je devais aller, ou de ne plus savoir ce que je venais y faire ! Et oui, à mon âge, c'est inquiétant, je sais !!!

Donc pour en revenir à mon nouveau job, certes je suis toujours à mi-temps, donc je vais encore avoir un peu de temps pour moi, et lorsque je serai au boulot, j'aurai un ordinateur avec accès à internet (ouf !!!), mais pour l'instant, entre la commande de fournitures, les réunions qui s'empilent, mon fauteuil de bureau à régler parce que je le dérègle en voulant le régler, et les "temps de convivialité" indispensables si je veux qu'on se souvienne de mon prénom, ben j'ai même pas le temps de bloguer !

Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 18:52 - Le travail, c'est la santé - De vous à moi... [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

dimanche 23 septembre 2007

Miss Alfie au chômage

Miss_Alfie_au_chomage

Voilà, ça y est, depuis mardi dernier, je suis officiellement inscrite sur la liste interminable des demandeurs d'emploi. Depuis mardi, alors que je ne travaille plus depuis le 31 août au soir ! Et oui, parce que pour pouvoir faire ses démarches, il faut se lever tôt ! Alors certes, j'ai été absente du 5 au 12 septembre, mais voyez plutôt...

Le jeudi 30 août, prévoyante comme je suis, je profite d'un creux dans mon travail pour passer un premier coup de fil afin d'obtenir des renseignements concernant mon inscription. Une gentille dame m'enregistre et me propose un rendez-vous pour le 7 septembre.
- Ah oui, mais je viens juste de vous dire que je suis absente du 5 au 12... A partir du 13, vous pouvez ?
- Ah non, faudra nous rappeler... Parce que les rendez-vous sont ouverts que jusqu'au 9...
- Ah bon, ben merci, je vous rappelle à mon retour alors ?
- Ah ben oui, c'est pas la peine avant !

Le mardi 4, préparant mes valises, je descends à ma boîte aux lettres et trouve un papier me collant un rendez-vous pour le 6 ! Ni une, ni deux, me voilà à nouveau en ligne avec le numéro surtaxé.
- Oui bonjour, voilà, j'ai appelé le 30, on m'a dit qu'on pouvait me donner rendez-vous que le 7, mais là, je suis pas là, donc je voudrai voir parce qu'on me dit de venir le 6.
- Votre numéro d'identifiant, s'il vous plaît.
- (Là, je le donne)
- Je peux vous proposer le 18 à 9h45.
- Ah bon ? Bon...

Là, je ne cherche déjà plus à comprendre leur logique de rendez-vous... Qu'importe, le dossier rempli et les documents rassemblés, je me pointe le jour prévu à l'heure prévue et attend un bon quart d'heure avant qu'une super dame très sympa ne me reçoive. Sur son ordinateur, elle rentre toutes les informations et là, nouvelle surprise : ayant travaillé 8 mois dans le secteur public et 6 mois dans le secteur privé, c'est au public de me payer mon éventuelle indemnité de chômage, donc à mon ancien employeur... Employeur que j'ai quitté par démission le 15 février ! Et oui, parce que dans le public, on cotise auprès de son employeur, et pas aux Assédic ! Super !!!
Bref, je me dis que je m'en inquiéterai en rentrant chez moi, et j'attends la date de mon rendez-vous à l'ANPE qui, m'avait-on dit, pouvait être dans la même journée... Conclusion : vendredi 28 à 11h30 !... Bon, ben en France, faut pas être pressé de retrouver du boulot quoi...

Rentrant chez moi un sourire narquois aux lèvres, je m'empresse d'appeler l'hôpital que j'ai quitté pour leur demander comment procéder.
- Ah ben faut nous envoyer votre dossier hein ! Que me répond la nana toujours aussi peu aimable du service paye.
- Certes, mais de quels documents avez-vous besoin ?
- Ben comme les Assédic !
- Donc (et là j'énumère toute la liste) et les originaux des attestations employeur ?
- Ah ben non, les copies ça suffit !
- Ah bon, donc c'est pas comme les Assédic, puisqu'eux, ils veulent les originaux !
- Ben eux c'est eux, et nous c'est nous !

Woua ! Quelle perspicacité ! Enfin bon, conclusion, y a quand même une nuance ! Quant à avoir le délai de traitement de ma demande, là, ça relève plus de ses compétences non plus ! Je file donc au supermarché du coin acheter des enveloppes suffisamment grandes pour tout contenir, je déniche une photocopieuse qui me ruine, j'en profite pour faire quatre photos d'identité sur lesquelles je fais peur à voir. Et direction La Poste pour envoyer le tout en recommandé avec accusé de réception, parce qu'entre La Poste et mon ancien employeur, on sait jamais tout ce qui pourrait arriver à mon courrier !!! Mieux vaut réduire les "risques" de "perte" !

Donc, conclusion finale et définitive jusqu'au prochain épisode : mon dossier est bien arrivé à l'hôpital. Maintenant, faut qu'il aille sur le bon bureau et qu'il ne se perde pas sous une pile interminable... Sinon, je vais être obligée de trouver une autre solution pour payer mon loyer et mes charges de septembre !!!

Texte © Miss Alfie 2007

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vendredi 10 août 2007

A la découverte de la race des AS - 4

A_la_decouverte_de_la_race_des_AS4

Pour ceux du fond, oui, là au fond, ceux qui papotent au lieu d'écouter le prof, ceux qui dessinent des fleurs et des mangas sur leurs cahiers au lieu de prendre des notes, ceux qui préfèrent aller se faire dorer la peau et choper un cancer au lieu de durement travailler pendant l'été, pour tous ceux là, je récapitule !
Donc, vous avez d'abord eu le droit à une présentation générale de la profession d'assistant de service social. Ensuite, j'ai précisé la chose en vous causant de mon job au quotidien en milieu hospitalier, job soit dit en passant très très calme en ce moment. Et je vous avais laissé avec le récit d'un bout de boulot réel.

Maintenant, on s'attaque à l'histoire du métier. Allez, on ne grimace pas, non non ! On ouvre grand ses oreilles, on prend un stylo, une feuille, et on note !

Il était une fois le marquis de Beauregard, et une jeune femme, Marie Gahéry. Animés d'idées féministes, on dit d'eux qu'ils sont les fondateurs de la profession d'assistant de service social en créant, en 1896 sur le modèle britannique des "maisons sociales" occupées par des "travailleuses sociales". Très vite rejoints par Mercédès Le Fer de la Motte qui devient le fer de lance du mouvement, les travailleuses sociales, jeunes femmes d'origine bourgeoises en révolte vis-à-vis de leur milieu, vivent avec les pauvres et tentent d'améliorer leur quotidien en organisant sur Paris et la région parisienne des activités. L'Église catholique les soutient et considèrent qu'elles oeuvrent pour l'évangélisation du petit peuple...
Mais cette belle histoire ne pouvait guère continuer et en 1909, une jeune militante, Jeanne Bassot, va causer bien malgré elle un grand tort à la profession naissante. Ayant porté plainte contre ses parents pour séquestration arbitraire car ils considéraient comme fou son projet d'intervenir dans les maisons sociale, le procès est largement relayé par la presse et les jeunes femme "guidées" par Mercédès passent pour des mystiques et des hérétiques. Bizarrement, c'est cette période que l'Église choisit pour durcir ses positions et condamner les idées des jeunes femmes qui sont désormais considérées comme révolutionnaires. Les travailleuses sociales doivent l'être par vocation, doivent entièrement se dévouer pour aider les "malheureux" à être de "bons" pauvres et de "bons" parents, selon la doctrine catholique...
Née d'un courant novateur, la profession va donc rapidement tomber dans un courant normalisant plus ou moins inconscient visant à améliorer les conditions de vie de ceux qui dérangent...

Ces événements nous conduisent au début du 20e siècle, et n'empêchent pas la légalisation de la profession d'assistante sociale en 1932 avec la création du diplôme d'Etat d'assistant de service social (DEASS) qui sera renforcé en 1946 avec une loi réglementant l'exercice de la profession.
La fin de la guerre marque également la création du système actuel de protection sociale et la multiplication des structures accueillant les AS. Originellement motivées par l'amélioration des conditions d'hygiène et des besoins primaires, les structures se diversifient et s'intéressent de plus en plus à tous les aspects de la vie quotidienne et administrative. Et là, on balise : comment répondre à toutes les demandes quand on n'a pas de moyens ? D'où un début de remise en question, on s'interroge, on s'organise, on tente de prouver sa spécificité, et on pense que cela passe par la théorisation de tout ce qu'on a observé depuis la fin du 19e siècle.
Du coup, on révise tout ce que l'on savait, parce que la société évoluant, il est bon d'essayer d'adapter à la réalité ce qu'on va faire ingurgiter aux étudiantes, les représentants de la gent masculine se faisant toujours désirer...

Fin de la guerre, on reconstruit les immeubles, et les esprits. On cogite d'un bout à l'autre de la planète, et des théories dont je vous épargnerai le détail débarquent d'outre-Atlantique. On s'intéresse à la psychologie, à la sociologie, et on tente d'élaborer des analyses de manière à obtenir une spécificité par rapport aux "simples" techniciens des administrations.
Nous, les AS, nous analysons, posons des hypothèses de compréhension, étudions les attitudes et les rapports humains pour comprendre et par là même, pouvoir agir. Nous réfléchissons énormément... Oui oui...
Et peu à peu, on sort de la conscience moralisatrice qui enfermait les professionnelles depuis le début du siècle. On se rend compte qu'un même événement résonne de manière différente chez chaque individu et qu'il ne s'agit pas d'appliquer à un groupe de personne une idée fixe mais de l'adapter à chaque être humain.
Comprendre le sens des difficultés et ce qui semble le plus important pour la personne elle-même et non pour le professionnel devient l’un des mots d’ordre de la profession.

Aujourd'hui, les théories ont encore évolué, et évoluent au fil des expériences. Alors qu'on tentait à l'origine de faire rentrer les gens dans une norme établie, on tente aujourd'hui avant tout de comprendre l'individu qui s'avère unique. On l'aide à retrouver son autonomie, à pouvoir vivre dans la société sans béquille, sans assistanat. D'aucun diront qu'il s'agit d'une forme de contrôle social puisque l'on tente de faire rentrer les gens dans des systèmes. Certes.
Cependant, concrètement, il convient de réaliser que sans dispositifs, nous ne pouvons rien faire, et qu'un dispositif est forcément normalisant puisqu'établi par des lois édictées par l'Etat. Après, il me semble qu'au quotidien, le principe premier est de pouvoir écouter chaque individu, de connaître ce qu'il veut bien dévoiler de son histoire, de ne jamais le forcer, de lui présenter le plus objectivement possible ses droits et ses devoirs, et de toujours le laisser libre de son choix...

Texte © Miss Alfie 2007

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jeudi 2 août 2007

Miss Alfie au frais

Miss_Alfie_au_frais

Il y a quelques temps, j'avais entamé le récit de mes aventures surgelées et chaussées. Ces déboires furent effectivement vite relégués dans les archives mensuelles, supplantés par le feuilleton de l'été qui déchire tout sur son passage.
Mon activité professionnelle étant actuellement très réduite, me trouvant donc enfermée dans un bureau alors que le soleil pointe enfin le bout de son nez, autant occuper le temps intelligemment et vous faire partager mon expérience d'employée commerciale ainsi que j'étais pompeusement qualifiée sur mon contrat.

Il y a donc quatre ans de cela, après avoir congelé mes doigts et martyrisé mes pieds, j'ai signé pour quatre semaines dans un supermarché. Ma mission, que je n'avais d'autre choix qu'accepter : mettre en rayon dès cinq heures du matin yaourts et plaquettes de jambon, et passer ma journée à vérifier les dates, refaire des murs et ne pas faire chavirer les palettes de marchandises. Tout un art...

Le premier matin fut sans doute le pire, quand à quatre heures et quart mon réveil sonna dans la maison endormie depuis peu en raison de la chaleur caniculaire qui envahissait alors la France. Cinq heures, j'étais dans la boutique, au milieu de personnes qui ne me connaissaient pas et me regardaient déjà d'un oeil mauvais, parce que vous comprenez, les étudiants sont tous des fumistes qui foutent le bordel dans les rayons... On respire un grand coup, on y va, première palette à sortir, faut que je me lance, je tire, je tire, je tourne, je retourne et je fous tout par terre... Yaourts explosés, fromages dispersés, crèmes éventrées, la journée commence bien...

Après deux ou trois jours, j'acquis un minimum de maîtrise du déplacement de la palette et mes journées se succédaient invariablement. Cinq heures je commençais. Réassort et rotation des dates. Mise en avant des dates limites pour l'étiquetage particulier. Huit heures, réalisation des murs pour que le magasin apparaissent comme sorti d'un décor de cinéma. Huit heures trente, arrivée des premiers papys et mamies pressés d'acquérir un bout de fromage en oubliant le pain, ce qui les obligera à revenir une deuxième, voire une troisième et même une quatrième fois dans la journée, juste pour voir du monde. Neuf heures, pause et bénédiction de la cigarette car, sans la clope, pas de possibilité d'intégration dans l'équipe, la dictature des poumons noirs. Neuf heures trente, retour en rayon, on ne parle pas au client, on finit les rotations, on s'occupe des commandes, les surgelés appellent. Heure variable, retour à la maison, petite sieste ou repas puis sieste. En cas de sieste avant déjeuner, retour au boulot après le repas et renouvellement des stocks pour rentrer à l'heure du goûter, éreintée et fourbue...

De cette expérience difficile physiquement, très fatigante et nulle en enrichissement social étant donné que tout étudiant est à éviter pour cause de fumisterie manifeste, je ne garde qu'un seul bon souvenir : 2003, été de la canicule, j'étais affectée aux produits frais...

Texte © Miss Alfie 2007

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