Les crumbles de Miss Alfie

Des crumbles de vie, des goûters de petits bonheurs, des repas de petits plaisirs...

mercredi 28 novembre 2007

Ville mythique

Ville_mythique

En sortant du train, après un voyage sous la mer, sortir du sac à dos le parapluie et l'appareil photo.

Rechercher dans ma mémoire quelques mots simples pour me faire comprendre et déchiffrer le plan du métro.

Dénicher la station souhaiter et m'y rendre, les yeux et les oreilles en alerte, bercée par le chant de cette langue étrangère.

Déboucher sur une rue aux maisons en briques ornées de bow-windows qui laissent voir une décoration fleurie et kitch.

Monter quelques marches en pierre en se tenant à la rambarde noire en regardant la fenêtre de l'entresol d'où sort une petite lumière et sonner au bed and breakfast.

Après avoir délesté mon sac, aller marcher sur Notting Hill et peut-être, tomber nez-à-nez avec Hugh Grant et Julia Roberts. A défaut, boire un café en marchant.

Me poster devant Buckingham Palace et attendre la relève de la garde. Immortaliser les casques à plumes noires qui se balancent au rythme de la marche saccadée.

Filer sur Piccadilly rêver devant les lumières. Mitrailler les voitures, les bus, les passants, les spots, les publicités.

Dévaliser Harrods et en ressortir les bras chargés de paquets contenant biscuits et thés locaux.

Étudier la reproduction de la Reine chez Madame Tussauds... et la trouver ressemblante.

Hésiter devant les menus des restaurants, et puis choisir finalement un restaurant italien ou français, à défaut d'un fast food.

Explorer Abbey Road et trouver quatre garçons prêts à imiter quatre autres mythes sur un passage clouté.

Passer une après-midi à errer dans un parc, allongée sur l'herbe, un bon bouquin bien français dans les mains, et profiter du paysage.

Découvrir la City et ses hommes d'affaire en costume gris avant de s'enfuir vers la marina introuvable au pied de la Tour.

Boire une, deux, trois, plusieurs pintes de bière dans un pub, fumer une cigarette sur le trottoir et reprendre les Rolling Stones en choeur.

Fermer les yeux dans un théâtre et se laisser porter par les accents chantant d'une langue souvent incomprise mais déclamée dans sa version originale. S'interroger sur "to be or not".

Faire sa Bridget Jones et peut-être rencontrer son Mark Darcy.

Repartir en sens inverse, en roulant à gauche, et finir son London Calling.

Texte © Miss Alfie 2007 (à partir d'une consigne d'écriture de l'atelier Cassiopée sur "les villes mythiques", ces lieux où l'on n'est jamais allé mais que l'on rêve de découvrir...).

Scribouillé par Miss Alfie à 11:42 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 4 octobre 2007

Utopie éternelle

Utopie_eternelle

Je lui ai dit de se taire. Mais comme toujours, cet animal d'épouvante ne m'a pas écouté ! Son croassement est devenu chaque jour un peu plus insoutenable, mais je n'ai pu me résoudre à m'en séparer... Cet animal était tellement intelligent... et surtout, connaissait tant de choses que ma sécurité en dépendait...

Je sentais que j'allais enfin y arriver, que l'aboutissement de toutes ces années de recherche était proche, très proche. Cran'd'Or, cet abruti de corbeau, n'arrêtait pas de me voler autour, m'empêchant de me concentrer. Il me faisait peur, à frôler ainsi mes bouteilles, mes fioles et à s'approcher si près de l'alambic.

La pièce, déjà sombre en temps normal, l'était devenu encore plus. La vapeur dégagé par la préparation formait un nuage sous le plafond voûté. Lucienne, la gouvernante, allait encore me haïr car malgré toutes mes protections, des vapeurs auront trouvé le moyen de s'échapper par dessous la porte. Je savais bien qu'elle ne me croyait pas quand je lui disais que je préparais de nouveaux parfums. Elle savait bien que je savais qu'elle en connaissait encore plus que moi en la matière. Mais jusqu'à quel point ?

Voilà, la préparation était fin prête. Sa couleur rouge sang lui donnait l'allure d'un bouillon pour vampire, mais il n'en était rien. Plus que deux heures à attendre, deux heures et la pleine lune viendrait... Des années et des années passées à y travailler, à parcourir le monde à la recherche d'ingrédients mystérieux, à écumer les bouquinistes et les brocanteurs pour retrouver ce vieux manuel de sorcellerie...

Désormais, la potion de jouvence ne sera plus un mythe, et j'en serai l'incarnation suprême ! Telle fut ma dernière pensée avant de sombrer dans un coma éternel...

Rédigé à partir de la consigne 54 de Paroles Plurielles. Il s'agit d'écrire un texte à partir de l'image en commençant par "Je lui ai dit de se taire".
Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 09:00 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 24 septembre 2007

Fenêtre aux lettres

Fenetre_aux_lettres

L'horloge indique vingt-deux heures trente mais elle est en avance. Ce soir, la fenêtre s'est ouverte quelques minutes plus tôt. Elle semblait pressée de pouvoir me parler ! Oh, que je suis ému, je l'aperçois, j'entrevois son ombre qui se déplace dans la pièce. Elle a allumé une petite lampe, et la voilà qui s'approche. Mon coeur bat de plus en plus vite. Je suis si impatient, comme chaque soir...

Voilà six mois déjà que nous communiquons ainsi. Et nous utilisons toujours la même méthode. Je lui fais passer mes missives en livrant les fruits et légumes. Je la transmets à la cuisinière qui elle-même la remet à la femme de chambre qui la remet discrètement à ma belle. Les deux femmes sont dans la confidence et elle m'a garantit qu'il n'y avait aucun risque.
Quant à elle, elle vient chaque soir à la fenêtre de la buanderie me renvoyer sa réponse. Parfois, elle me raconte qu'elle a peur, car sa femme de chambre ne peut pas toujours la couvrir. Mais elle vient quand même...

Oh ! La lettre qu'elle m'envoie virevolte dans l'air frais de cette nuit de printemps. Je l'attrape et la serre contre moi. Son parfum m'enveloppe, j'aimerai la prendre dans mes bras. Elle est si belle, si gracieuse, si délicate, si rebelle et si effrontée. Je siffle deux fois, signalant que j'ai bien reçu la lettre, et m'enfuis à pas de loup tandis qu'elle souffle sa lumière et referme doucement la fenêtre.

Il fait à nouveau nuit. J'ouvre la lettre à la lueur d'un réverbère. Son écriture fine et penchée m'hypnotise comme à chaque fois. Je me perds dans la contemplation de ses arabesques en entamant ma lecture laborieuse. Peu à peu, je sens le froid m'envahir. Je relis chaque phrase plusieurs fois, de crainte de mal comprendre. Je sens les yeux me piquer. Mes doigts se crispent sur le papier. De grosses larmes tombent sur ses mots, délayant l'encre de cette dernière lettre. Demain, elle partira au couvent...

Rédigé à partir de la consigne 53 de Paroles Plurielles. Il s'agit d'écrire un texte à partir de la photo d'Anaïs commençant par "L'horloge indique vingt-deux heures trente, mais elle est en avance".
Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 09:00 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

vendredi 21 septembre 2007

Retour au départ

Retour_au_depart

On vient de le conduire dans la salle commune. La jeune femme en vert l'aide à s'asseoir et rapproche la chaise de la table. Ils sont quatre à se regarder sans se parler. Derrière le bar de la cuisine américaine, une autre jeune femme s'active et fait couler un café. L'eau frémit dans la bouilloire et l'on sort du placard quelques biscuits.

La jeune blonde ressemble à une poupée. Elle est belle. Ils la regardent et sourient. Elle leur parle doucement et leur prend la main souvent. Quand elle voit qu'une grimace se profile sur un visage, elle les accompagne dans leur chambre et les guide vers les toilettes. Elle parle, volubile et futile, explique ce qu'elle fait, fait diversion et guide leurs gestes.

L'autre est noire, une vraie mama. Elle a souvent des tresses et parle avec son accent africain comme une mère de famille. Le matin, car elle travaille souvent le matin, elle les réveille en chantonnant et leur parle à l'oreille confidentiellement. Elle laisse souvent derrière elle une traînée de parfum entêtant.

Elles sont plusieurs à se relayer. La blonde, la brune, la noire, la petite ou encore la grande. C'est comme ça qu'ils arrivent à les repérer, car elles portent toutes la même tenue verte. Elles ont toutes la même voix apaisante et les mêmes mots qui chantent à leurs oreilles, les mêmes gestes qu'elles amorcent pour les guider quand ils sont à la salle de bain, quand ils s'habillent ou quand ils mangent.

Dans le couloir, une famille arrive et vient saluer les jeunes femmes avant de s'installer à une table où on va leur servir un café. On tente d'engager la conversation, on écoute et on acquiesce. On essuie la bouche, on ramasse le morceau de gâteaux échappé des mains. On prend des nouvelles des autres, on discute avec le personnel. Le temps passe vite et déjà vient l'heure de rentrer car le dîner arrive.

On salue les jeunes femmes, on embrasse son grand-père qui répond vaguement quelques propos dans une langue incompréhensible. Autour de l'autre table, monsieur Jean gratte inlassablement ses jambes bandées, madame Micheline soliloque en breton et mademoiselle Jeanne évalue le travail fictif de ses étudiantes en couture.

Avant qu'elle ne passe la porte, elle se retourne une dernière fois et voit son grand-père lever les yeux vers elle et répondre à son sourire, dévoilant sa bouche dépourvue de son dentier, et agiter une main d'un air enfantin...

Aujourd'hui, le 21 septembre, c'est la journée Alzheimer...

Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 11:50 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 10 septembre 2007

Intemporalité de l'humilié

Intemporalite_de_l_humilie

C'était un matin comme un autre. Un matin de fin août. Le soleil éclairait le ciel azur et la gare ombrageait la place qui la précédait. Je sortis de la bouche de métro et vins me camper près de l'arrêt du bus, mon livre dans une main, ouvert à la page que j'étais en train de savourer. Le vent frais chatouillait ma jupe qui venait se frotter contre mes jambes encore blanches et j'observais en coin l'angle de la rue par laquelle je verrai débarquer l'un des trois bus susceptibles de me mener à l'étape final de mon trajet professionnel.

Comme tous les matins où je me rendais au travail, dans cet établissement médical où j'ai remplacé six mois durant une collègue sans savoir où se situait le restaurant du personnel et en devant, à la veille de mon départ, indiquer à certains collègues ma fonction, je retrouvais à l'arrêt la jeune fille aux chaussures rouges, la chieuse qui m'avait râlé dessus un matin pluvieux, ou encore le beau gosse un peu bohême.
Et puis il y avait aussi ce matin-là un petit bonhomme pas si petit que ça me que j'avais envie de protéger un peu. Avec son pantalon un peu trop court et ses joues un peu trop joufflues, il regardait en biais ce qui se passait autour de lui, et bégaya une maigre défense quand deux de ceux qui devaient être ses camarades de classes, passèrent à côté de lui en lui donnant une tape dans les cheveux.
J'observais les deux trublions avec mes yeux noirs, et vit le gamin un peu apeuré tourner autour de moi, comme à la recherche d'une défense adulte contre ses tortionnaires.

Je dûs me retenir pour ne pas incendier les deux morveux qui avaient fait monter aux yeux du troisième des larmes qu'il refoulait, parce qu'un garçon, ça ne pleure pas. Et que de toute façon, on ne pleure pas en public.
J'ai eu envie de les engueuler, de leur dire ce que je pensais de comportements comme les leurs, de leur faire payer pour tous les autres.
Et puis surtout, j'ai eu envie de faire gaffe à ce môme qui m'a rendu un piteux sourire quand je l'ai regardé, et j'ai eu envie de lui dire que des conneries comme ça, ça s'est toujours vu.
J'ai eu envie de lui raconter le sweat blanc tout neuf qui servit de cible aux surligneurs, revenant zébré de vert, de rose et de bleu à la maison.
J'ai eu envie de lui raconter les humiliations verbales des copains de classe, et même parfois du prof de sport... ou même de l'institutrice... parce que quelques kilos de trop, ça ralentit pour faire du sport.
J'ai eu envie de lui raconter le voyage aux Pays-Bas et les messes basses dans le car, les journées interminables et les soirées sans fin.
J'ai eu envie de lui raconter le cartable planqué dans un coin de la classe quand il n'était pas vidé de son contenu au fur et à mesure que des mains se le passaient.

J'ai eu envie de lui raconter tout ça, et de lui dire que ce n'est pas parce qu'il s'en prend plein la figure aujourd'hui qu'il ne sera pas plus tard un homme respecté, un ami loyal, et un amant généreux.
Mais je ne l'ai pas fait, parce qu'il m'aurait sûrement regardé d'un air bizarre, qu'on aurait sûrement cru que j'étais attirée par les petits garçons, que les autres se seraient foutus de moi... Et parce que quoi que je dise, ces blessures là, il sait déjà aussi bien que moi qu'elles ne se referment jamais complètement...

Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 09:00 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 6 septembre 2007

Fin d'école

Sortie_d_ecole

Seize heures trente-cinq.
A l'école du quartier, la cloche vient de sonner. Dans la cour de récré, les bambins s'éparpillent.

Capuche sur la tête, cartable sur le dos, ils traversent les gouttelettes de pluie pour retrouver un parent, une nourrice, une voisine, un frère ou une soeur venu les attendre. Un bisous rapide sur une joue bien douce et l'on rentre goûter bien au chaud au rythme des récits de la journée.

Certains restent dans la cour, une demi-heure pour jouer, se défouler, sauter à la corde ou mettre des billes dans un trou, et après l'étude en attendant l'arrivée des parents. Quand ils rentreront à la maison, ceux-là auront presque fini leurs devoirs. Il ne restera plus qu'à s'installer dans la chambre pour vérifier que la récitation est bien apprise.

Pour les autres, après le goûter, on s'installe au bout de la table de la cuisine et on sort du cartable un peu trop grand les cahiers et la trousse.
Les plus jeunes s'appliquent à former leurs lettres, la langue coincée entre les dents et le front plissé, dans un effort de concentration ultime, tandis que les plus âgés récitent Verlaine et Hugo à un adulte nostalgique au son des vers et des alexandrins.

On allume la lumière de bonne heure, la nuit tombe vite en hiver. Parfois, on peut jouer un peu, ou regarder la télévision, si le carnet de devoirs est peu rempli, avant que la soupe bien chaude dont le parfum embaume la maison ne soit servie dans les assiette creuse. Autour de la table, chacun raconte sa journée, parfois bonne, parfois morose, toujours partagée.

Le mardi soir, comme il n'y a pas école le lendemain, l'extinction des feus est retardée. On regarde la télévision, mais ce n'est plus comme avant. Il faut trouver un DVD à regarder car "Docteur Queen" et "Les enfants d'Avonlee" ont pris leur retraite.
Les autres soirs, les parents viennent faire un dernier bisou avant le début du film. Ils s'installent ensuite dans le canapé, guettant le silence des bambins et leur respiration paisible.

Les cartables sont rangés au pied du lit et les vêtements du lendemain sont prêts.
L'école les accueillera encore et encore, et la cour de récré sera encore et encore le témoin de multiples histoires.

Texte © Miss Alfie 2006

Scribouillé par Miss Alfie à 09:00 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 30 août 2007

Solo

Solo

Oh la la ! Ce soir, je sais pas, je le sens, c'est le grand soir ! Alors... heu... L'armoire... Bon, je mets quoi ?! Lyliiiiiiiiiii ! Viens m'aider !!!

T'as déjà fini de te préparer ?! Ah non ! Bon... Je mets quoi alors ce soir ?!

Ben non, mais je suis sûre que c'est pour ce soir. Je le sens, et tu sais bien hein ! Moi, quand je sens un truc, je me plante pas souvent ! Regarde, pour Tom et Jenny, je te l'avais dit, que ça marcherait pas ! Et ben là, ce soir, moi je te dis que je vais conclure...

Avec qui ? J'en sais rien ! Comment veux-tu que je le sache ! Ils sont tous maqués, les mecs qui viennent ce soir ! Mais je te le dis, je sens que je vais rencontrer quelqu'un ! Ah non, mais parce que là, j'en ai marre hein ! Vous êtes tous casés, et moi je tiens la chandelle à chaque fois ! Non non non, là, je m'y atèle, ça fait partie de mes bonnes résolutions : je te le dis, Lyli, j'aurai quelqu'un dans mon lit ce soir !

Oui oui, t'as raison... Mes fringues... Un pantalon tu crois ? Remarque, ça peut faire classe. Et puis ça fait moins vulgaire que l'autre là, Nancy, qu'a toujours des jupes qu'on voit tout ce qu'elle a pas dès qu'elle s'assoit...

Ben non, pas trop décolleté, après ça fait pute... Ouais, celui là c'est pas mal, t'as raison...

Ouais... T'as raison... Franchement, mais c'est à se demander où elle a été le chercher, hein ! T'as vu comment il lui parle ? Non mais elle se rend pas compte hein ! Ah ouais, moi je suis totalement d'accord avec toi... Des mecs comme ça, ça devrait pas exister ! Et puis elle se laisse faire hein !... Bon, et toi, ça donne quoi ? Allez, dis !!!

Non ! Vrai ?!

Purée, vous traînez pas hein ! Remarque, vous avez raison... Parce que c'est pas quand vous serez vieux que vous pourrez y penser... Non non, moi je suis d'accord avec toi... Tiens, tu veux pas m'aider à attacher mon collier ?... Merci !

Oui oui, va te préparer ! Moi je finis de me maquiller et je file devant. J'ai promis à Linda de l'aider à finir de préparer... En tout cas, c'est vraiment adorable à toi et Danny de m'avoir hébergée ! Je te raconte pas la galère quand Clark m'a foutue dehors !!!

Une porte claque, on entend de bruits de pas dans l'escalier. Les bruits de pas féminins s'arrêtent en même temps que les bruits de pas masculins qui semblaient venir en sens inverse.

Oh Danny ! Pas ici voyons ! Lyli est juste là !...

Arrête ! Petit coquin ! T'as pu t'arranger ?! Oh super !!! Depuis le temps que je l'attends, ce week-end avec toi !!!

Attends ! T'as du rouge à lèvres sur la bouche ! Essuie-toi, ça va faire louche !!!

Les bruits de pas reprennent. La femme continue sa descente. L'homme continue sa montée. Une porte s'ouvre et se referme.

Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 09:00 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 23 août 2007

Passe-passe de crème

Passe_passe_de_creme

A l'instar de la pièce de un euro dont Frenchmat a raconté le fabuleux destin, je me présente, moi, le tube de crème solaire indice 20 que vous allez mettre dans votre sac de plage le week-end prochain. Et oui, car avez-vous déjà songé à toutes les aventures qui furent les miennes avant que je ne débarque dans votre vie ? Imaginez un peu...

Je suis né dans une usine en pleine campagne, dans une zone industrielle poussée là comme un champignon en pleine forêt. Mon corps de plastique a été moulé et coloré, puis on m'a mis dans les veine ce liquide visqueux qui va bientôt atterrir sur vos mains et vos peaux.
De chaîne en tapis, j'ai terminé ma route dans un carton où l'on m'a entassé avec moults congénères de la même espèce, la sélection chez nous étant très rude. Et oui, on ne mélange pas les écrans totaux et les indices 20 dans le même emballage.

Après un périple dont je n'ai guère de souvenirs, si ce n'est ces ballottages de camions en hangars, j'ai revu la lumière lorsqu'un étudiant fauché finançant ses études a ouvert mon carton un matin d'été dans un grand supermarché.
Exposé, étalé, nu devant vous, j'en ai rougi les premiers jours, je l'avoue. J'étais touché, palpé, dévoilé. On ouvrait mon chapeau pour sentir mon parfum, on me tournait et me retournait dans tous les sens pour voir ma composition, puis on me reposait sur mon présentoir sans prêter grand cas à l'alignement parfait qui nous caractérise habituellement, nous, armée de crème solaire.

Puis, un jour ensoleillé, une jeune femme est passée par là. Elle a effectué les mêmes manipulations que tous les autres, mais elle m'a balancé dans son panier, au milieu des cotons à démaquiller et des plats surgelés. Après avoir été lasérisé, j'ai poursuivi ma route dans un sac en plastique étouffant avant d'être déposé sur le moelleux lit formé par un grand drap de bain dans un grand sac de plage.
Peu de temps après, j'ai pu enfin découvrir le soleil, la lumière du jour et la chaleur de l'été, déposé sur le sable, bien calé près de la serviette.

Les trois quart du temps, vous nous abandonnez là, à la vue de tous, sans protection ni prévention. N'importe qui passant peut avoir l'envie subite de nous utiliser, de nous ouvrir et d'étaler notre contenant magique sur une peau déjà un peu trop rougie. Oui, notre vie, à nous, pauvres tubes de crème solaire, est dure et se termine généralement tragiquement.
Car nous le savons. Moi comme les autres. Si vous ne nous avez pas vidé de notre contenu, nul espoir pour nous. Les dermatologues vous le disent tous les jours à la télévision. Nos composants ne résisteront pas à un hiver froid et humide, et nos propriété s'envoleront avec le retour du printemps, faisant de nous de simples crèmes hydratantes et allergisantes si l'envie vous prenait de nous ressortir du placard l'an suivant.

Alors je me suis résigné, moi le spray solaire dont la propriétaire n'a fait qu'un très faible usage cette année. Je sais que ma chance réside dans cette semaine de début septembre qu'elle passera au soleil. Je sais aussi que je suis sa seule chance de réduire les risques de cancer de la peau. Et comme je sais qu'elle m'aime beaucoup et ne voudrait pas me gaspiller en me jetant sans m'avoir utilisé, je serait sollicité, pompé et vidé d'ici la mi-septembre, avant de finir mon périple dans la benne à ordures.
Mais j'aurai au moins la satisfaction de mourir heureux : et oui, moi j'aurai eu la chance de toucher sa peau douce, de la voir en tenue légère, et de l'avoir embellie de surcroît !

Texte © Miss Alfie 2007
Image -> Oui oui... C'est moi !!!....... Ben quoi ?!

Scribouillé par Miss Alfie à 00:00 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

jeudi 16 août 2007

En route

En_route

« Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruy était l'exacte vérité. » Je refermai le livre qui me tenait compagnie depuis le début du trajet et levai la tête.

Le wagon était vieux. Tout en lui sentait la décrépitude. Les sièges en faux cuir marron foncé étaient troués à de nombreux endroits et une mousse jaunâtre sortait de ces gueules béantes. Les carreaux des vitres avaient été tagués au couteau et les rayures striaient le paysage de banlieue.

Il n'y avait que moi dans le wagon. Nous étions en pleine journée, les gens devaient être au travail, les étudiants à l'école. Dans le coin, près de la fenêtre, quelqu'un avait oublié son journal, sans doute lu en vitesse entre deux correspondances.

Je relevai les yeux. Maintenant, le train n'avançait plus depuis dix minutes. Le mur plein de graffitis s'étalait devant mes yeux, inlassablement. J'avais envie de fumer une cigarette. Je m'ennuyais.

N'ayant pas envie de reprendre ma lecture, j'attrapai le journal abandonné. C'était l'édition de la veille. Je sentais le toucher spécifique du papier entre mes doigts, j'imaginais déjà l'encre se déposant sur les extrémités de mes mains. Les caractères noirs s'alignaient devant mes yeux, les photos se succédaient. Je frissonnai en ouvrant la page sur laquelle trônait l'article me concernant. Les mots m'agressèrent : « Un homme de quarante ans recherché par la police ». Le train s'ébranla à nouveau.

Non, ce n'était pas moi qui les avais tués… Et ça, ce n'était que l'exacte vérité.

Rédigé à partir de la consigne 52 de Paroles Plurielles. Il s'agit d'écrire un texte à partir de la photo d'Olivier commençant par cette citation de Barbey d'Aurévilly "Ce que je venais de dire à la marquise Guy de Ruy était l'exacte vérité".
Texte © Miss Alfie 2007
Image Olivier

Scribouillé par Miss Alfie à 00:00 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

lundi 23 juillet 2007

Caméléon

Cameleon

La surprise est de taille.

La dernière fois que je l’ai rencontrée, elle se baladait au bras d’un de ses beaux gosses en pantalon blanc et chemise noire, les cheveux redressés avec une bonne couche de gel et quelques chaînes bien brillantes autour du coup. Elle portait alors une de ces minis jupes en jean griffées sur une paire de leggings avec des escarpins à hauts talons. En haut, elle arborait un tee-shirt un peu ample à rayures et elle portait sur le bras un pliage qui, avec sa coupe de cheveux, donnaient l’impression qu’elle sortait directement des pages d’un quelconque magazine féminin. Elle n’a parlé que de leur voyage à Maurice, des amis de son fiancé génialement dans le coup, prêts à faire la fête à Saint Tropez tout l’été.

Avec les copines, nous avions pensé que notre amie était tombée sur la tête, elle d’habitude si simple, aimant les plaisirs du quotidien, souvent coquette mais jamais clonée.

Et là, nous sommes à nouveau installées dans notre café habituel, les quatre copines d’école, de collège et de lycée, les quatre comparses inséparables dans les fêtes comme dans les déprimes, sirotant un café bien chaud pour terminer l’après-midi. Sauf qu’au lieu d’arborer bagues clinquantes et serre-tête blanc dans ses cheveux méchés, voilà que notre bimbo d’il y a deux mois s’est transformée en ardente militante de la cause écologique, tibétaine et de toutes sortes d’action contre la mondialisation et la marchandisation de la société. Au lieu d’exiger ses gambettes dans des vêtements dernier cri, elle semble à l’aise dans ses baskets et dans son survêtements. Départ le soir même pour un campement au milieu des bois pour un retour à la vie traditionnelle : pas d’eau chaude, des WC biologiques et de la cuisine au feu de bois avec les fruits de la cueillette et de la pêche uniquement.

Caméléon, c’est ainsi que nous aurions pu la surnommer, notre copine multifacettes, changeant d’aspect et de philosophie comme elle change de petit ami… Du coup, nous, ses amies d’enfance et comparses de toujours, nous commençons à nous demander si nous ne préférions pas l’époque des minis jupes et des voyages à Saint Barth… Parce qu’aller se laver sous un jet d’eau froide et patauger dans la boue pendant deux semaines, ça peut effectivement avoir un côté exotique, mais avouez que c’est quand même drôlement moins attrayant que deux semaines sur un transat au bord de la mer !...

Rédigé à partir de la consigne n° 51 de Paroles Plurielles. Il s'agit d'écrire un texte à partir de la photo de Coumarine commençant par "La surprise est de taille...".
Texte © Miss Alfie 2007
Image Coumarine

Scribouillé par Miss Alfie à 10:21 - Instants de vie, instants volés - De vous à moi... [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2  3  4   Page suivante »