samedi 1 septembre 2007
Balais et Compagnie XVII
Je n’eus pas le temps de me rendre compte de ce qu’il se passait, que déjà je me trouvais assise à côté d’Etienne qui semblait inquiet malgré son apparente décontraction. Face à nous, deux hommes au visage masqué et vêtus de noir auraient parfaitement pu jouer dans le dernier thriller à la mode. Ils ne braquaient aucune arme à feu sur nous, mais la simple vue de leurs couteaux me fit accepter par avance n’importe laquelle de leurs conditions et de leurs exigences.
Le plus grand des deux pris la parole d’une voix très grave.
- Bon, maintenant que tu es là, jolie cocotte, tu vas nous faire le plaisir de nous dire où tu as planqué les documents que tu as piqués l’autre soir chez Kovinsky... Sinon, ton joli copain et toi, vous risquez sérieusement de passer un sale quart d’heure...
Certes, j’avais entendu plus d’une fois ce genre de répliques et lu moult réponses variables, mais bizarrement, tout à coup, je n’avais aucune envie de fanfaronner ni même de les provoquer. Je me contentai donc d’ânonner d’une voix monocorde dans laquelle je tentais de dissimuler ma frayeur la réponse que je récitais depuis ces jours derniers.
- Ce n’est pas moi... Lorsque j’ai quitté le cabinet de Kovinsky mercredi soir, il y avait un homme qui m’a dit être là pour réviser la climatisation. Je suis partie, croyant qu’il avait le code pour l’alarme. Mais ce n’est pas moi qui ai volé les documents...
- Ah oui ? Et qu’est-ce qui nous le prouve, saloperie ? me hurla le plus petit, en me giflant.
- Moi ! Je vous le jure ! Sinon, je vous les aurai donné !
- Et en plus elle répond ?! lança le plus grand en me giflant sur l’autre joue.
Mes joues me brûlaient. Je commençais à réaliser le pétrin dans lequel je m’étais malencontreusement fourrée sans le vouloir. Franck avait bien raison, ces gars-là n’étaient pas des enfants de choeur. Les deux hommes se retirèrent dans le couloir, sans doute pour voir ce qu’ils allaient faire de nous. J’étais persuadée que c’étaient ceux-là même qui avaient mis notre appartement à sac la veille, pour retrouver ces fameux documents. Je me demandais ce que faisait Franck. Il devait bien se douter que nous ne prenions pas le thé avec nos ravisseurs. Alors pourquoi ne revenait-il pas avec du renfort ? Pourquoi n’était-il pas parti prévenir la police ?
Les deux hommes revinrent dans la pièce et je sentis mon coeur battre un peu plus fort. Surtout, respirer lentement, ne pas leur montrer que l’angoisse m’étreint. Ils devaient bien se douter que le type avec moi ne resterait pas les bras croisés à attendre que ces charmants messieurs veuillent bien le laisser passer. Il fallait à tout prix que Franck soit plus rapide qu’eux, sinon c’en était fini de nous... A moins qu’ils ne décident de nous garder au cas où nous leur aurions menti, au cas où notre mémoire nous revienne tout à coup et avec, l’emplacement des documents jamais possédés.
Je me concentrais sur ces pensées, histoire de ne pas observer nos tortionnaires qui venaient d’allumer une cigarette. On ne voyait rien de leur visage, si ce n’est leur forme, allongée pour l’un, plutôt carrée pour l’autre. La cagoule du plus grand des deux laissait apercevoir une paire d’yeux vairons, chose assez rare pour que je la remarque. L’autre avait des yeux marrons on ne peut plus ordinaires, mais de grands cils que beaucoup de filles lui auraient envié en d’autres circonstances.
C’est alors que je me rendis compte que la pièce devenait de plus en plus floue, que les meubles commençaient à tourner autour de moi, et que les paupières de mon compagnon d’infortune papillonnaient dangereusement. Quelques secondes plus tard, le noir complet m’engloutissait.
Texte © Miss Alfie 2007
mardi 28 août 2007
Balais et Compagnie XVI
- Caro ? Excuse-moi de te déranger mais on a un problème…
La voix d’Etienne semblait bizarre, trop aiguë…
- Ah bon ? Que se passe-t-il ?... Lui demandai-je tandis que Franck me regardait d’un air inquiet.
- Heu… Rien de bien grave hein ! Mais est-ce que tu pourrais rentrer ? C’est pour la porte… Le propriétaire qui veut nous voir…
- Bien… J’arrive… Mais je suis sur Paris là tu sais, donc le temps de rentrer…
Je raccrochais et relatais à Franck ma conversation.
- Il y a un problème, Franck. Etienne n’avait pas sa voix habituelle, et je ne comprends pas cette histoire de porte. Il m’a dit hier que le propriétaire était passé pour donner son accord. J’ai comme l’impression qu’il voulait me faire passer un message…
- Ok, on y va, je viens avec vous, mais avant, on va faire un léger crochet…
Après avoir payé, Franck récupéra sa voiture et nous montâmes dedans. Je profitais du trajet pour envoyer un message à Luc pour lui dire que je ne savais pas à quelle heure je pourrai le rejoindre, ayant un problème à l’appartement. Nous filions dans Paris et peu à peu, approchions de la banlieue. Les pavillons se raréfiaient et les immeubles croissaient. Franck tourna dans une impasse et ouvrit un portail automatique vert au fond de la ruelle. Il y rangea sa voiture de luxe et me fit signe de le suivre.
Nous entrâmes dans une maison presque vide, avec seulement quelques couvertures au sol.
- L’ancienne maison de ma mère, m’indiqua-t-il laconiquement.
Il m’installa dans le salon simplement meublé d’un vieux canapé et d’une table basse. Sous le siège, un crayon de couleur avait roulé. Je commençais à me demander ce qui se passait dans cette maison quand Franck revint, vêtu d’un blue jean, d’un tee-shirt, affublé d’une paire de lunettes et d’un postiche. Il était méconnaissable et j’en étais bouche bée. Je le suivis dans l’entrée où il attrapa les clés d’une voiture qui stationnait dans la cour. Nous troquâmes donc son coupé contre une vieille Renault bringuebalante, en harmonie avec son nouveau look de baroudeur.
Me voyant fort désappointée, Franck m’expliqua.
- Il y a trop de coïncidence dans votre histoire pour qu’elle ne soit pas louche : les papiers, le gars de la clim, le cambriolage… Et maintenant, Etienne qui vous passe un coup de fil étrange. Je viens avec vous, c’est plus sûr… Et si c’est ce que je pense, il est préférable que l’on ne me reconnaisse pas…
Nous avons donc roulé en silence jusqu’à l’immeuble où j’habitais. J’indiquais la route à Franck qui semblait préoccupé. Je me sentais barbouillée, mon tournedos Rossini me restant sur l’estomac. Une fois arrivés, Franck me fit signe d’y aller prudemment mais naturellement. Je sortis de la voiture et rentrai dans l’immeuble, tandis que mon escorte me suivait. Je gravis lentement l’escalier, de plus en plus inquiète. L’idée que je me faisais peut-être des films s’immisça dans mon esprit, bien vite chassée quand je tournai la clé dans la serrure et ouvris la porte. Dans la salle, Etienne était assis sur une chaise, les bras dans le dos, attaché au dossier. Je réprimais un cri tandis qu’un homme cagoulé s’empara de moi et repoussa Franck sur le pallier avant de refermer la porte.
Texte © Miss Alfie 2007
samedi 25 août 2007
Balais et Compagnie XV
Tandis que nos cafés arrivaient, Franck poursuivit son récit. Le restaurant était toujours aussi désertique, et je commençais à penser que le choix de mon compagnon n’avait pas été anodin. Aucune table n’était occupée dans les parages, personne ne pouvait nous entendre, la discrétion semblait assurée. Peut-être même plus qu’à son bureau… Qui sait…
- Lorsque nous habitions en Afrique, mes parents recevaient régulièrement des diplomates français et étrangers lors de réception auxquelles nous pouvions assister, avec mes deux frères, à condition d’être sages et de rester discrets. C’était pour nous l’occasion de laisser traîner nos oreilles et de tenter de comprendre ce qui se tramait dans les couloirs, à l’écart des discussions officielles.
« C’est ainsi qu’un soir, mon plus jeune frère m’a fait signe de le rejoindre. Il était installé sur le balcon qui faisait le tour de la maison, caché derrière l’une de ces plantes vertes envahissante que ma mère aimait tant et que nous avons bénis ce soir-là. De l’autre côté, des voix sortaient du bureau de notre père. Nous avons reconnu la sienne, bien évidemment, ainsi que deux autres voix masculines appartenant à deux directeurs de société avec qui mon père travaillait régulièrement. L’échange portait sur la sortie du pays de deux jeunes filles de la ville qui travaillaient chez ces deux hommes. Leur contrat ici était terminé, et ils souhaitaient les ramener avec eux en France. Ils sollicitaient mon père qui travaillait dans une société de transport maritime pour qu’il fasse passer les jeunes filles dans l’un des prochains convois. Je savais mon père honnête, et il refusa aux hommes ce service, malgré la grosse somme d’argent qui lui était offerte. Mon frère et moi, nous retenions notre respiration, incrédules. Les deux hommes avaient expliqué qu’une fois en France, ils obtiendraient un titre de séjour pour leurs domestiques, car c’est ainsi qu’ils les appelaient, et pourraient leur trouver un travail rapidement. Ce à quoi mon père avait répliqué qu’il connaissait les magouilles qui existaient, que jamais elles n’obtiendraient de papiers et qu’elles n’auraient que le droit de travailler et de se taire, et que de ce fait, il refusait tout net. Les deux hommes se sont fâchés et ont menacés mon père de représailles s’il parlait.
« Quelques jours plus tard, notre voiture a été incendiée. Ensuite, c’est la maison qui a été cambriolée, sans que rien ne soit volé. On ne nous faisait jamais de mal, mais il fallait nous faire peur pour que nous tenions notre langue. L’atmosphère devenant de plus en plus étouffante, ma mère profita de mon retour en France pour rentrer avec mes deux frères. Mon père avait choisi de rester quelques mois de plus, le temps de finaliser le projet sur lequel il travaillait, avant de venir nous rejoindre. Hélas, il n’est jamais monté dans son avion, sa voiture ayant explosé sur le chemin de l’aéroport. Quelques jours plus tard, un paquet arriva au domicile de ma mère. Il avait été posté par mon père quelques jours avant son retour. Il lui expliquait qu’il craignait de ne pas arriver en France mais qu’il espérait que l’un d’entre nous pourrait poursuivre son combat.
« Après un mini conseil de famille, nous décidâmes d’étudier tous ensemble les documents contenus dans le colis avant de les ranger dans un endroit secret. Il y avait la liste des diplomates ayant fait appel à sa société pour des transports « d’objets vivants » ainsi que c’était indiqué, les sommes versées à cette occasion, et quelques enregistrements audio réalisés par mon père au cours de ses derniers mois. Il en était convaincu : rares étaient ceux qui rentraient en France sans ramener un souvenir vivant d’Afrique dans leurs bagages pour améliorer leur quotidien…
Je n’en revenais pas. Franck était en train de me parler d’un trafic d’esclaves de grande ampleur. Rapidement, je calculais que cela devait faire une bonne douzaine d’années qu’il connaissait son existence et qu’ils n’avaient rien dit, ni lui ni aucune autre personne concernée. J’étais en train de lui faire part de mon indignation lorsqu’Etienne m’appela.
Texte © Miss Alfie 2007
mardi 21 août 2007
Balais et Compagnie XIV
Son arrogance et sa maîtrise de lui ne m’inspiraient guère, et je ressentais déjà à l’égard de celui qui allait s’occuper de me protéger et de me défendre une sorte d’aversion à l’origine inconnue. Une affaire des plus scandaleuses. Et pourquoi pas le scandale du Water Gate tant qu’on y était ! J’avais juste eu mes yeux au mauvais endroit au mauvais moment, et les documents que j’avais vus avaient disparus. Cela ne faisait pas de moi une victime potentielle, comme il venait de le sous-entendre.
- Attendez, en quoi serai-je une victime ? En quoi serai-je en danger ? On n’est quand même pas dans un de ces téléfilms policiers de TF1 ! lui lançai-je, légèrement énervée.
- Calmez-vous Caroline ! Je n’ai jamais dit cela, mais cependant, croyez-moi, cette histoire est loin d’être anodine, et vous n’allez pas faire que des heureux. Que je vous explique…
Il baissa la voix pour me relater une histoire digne d’une affaire d’Etat, s’interrompant lorsque l’on vint nous apporter nos plats.
- Les documents que vous avez eus sous les yeux sont la preuve que plusieurs membres du gouvernement et des plus hautes instances de l’Etat ont reçu des pots de vin versés sur des comptes à Monaco. Vous devez vous rappeler de cette sordide histoire d’esclavage moderne mise au jour par les médias il y a quelques mois…
J’acquiesçais, sans trop comprendre le rapport entre ce coup médiatique et notre affaire soit disant scandaleuse.
- Lorsque l’affaire a été publiée dans la presse, lorsque Minia, la jeune femme africaine qui a porté plainte, a accepté de parler, plusieurs hommes politiques très hauts placés ont pris peur. Souvent anciens ambassadeurs, ou anciens diplomates ayant longtemps vécu à l’étranger et en particulier en Afrique, nos dirigeants ont généralement pris l’habitude dans les pays chauds d’avoir à leur disposition une tripotée de domestiques payés bien moins que le minimum légal du pays, quand il en existe un. Là-bas, cela ne choque personne, et la pauvreté dans certains quartiers est telle que l’on préfère gagner de quoi manger, même si pour cela il faut se faire exploiter, car cette exploitation est le prix à payer pour gagner quelques francs de plus que la voisine qui vend des bonbons au marché. Tout cela, je le sais parce que mon père a travaillé cinq ans en Afrique lorsque j’étais adolescent, et que j’ai vécu quatre ans en Afrique avant de rentrer en France pour poursuivre mes études en fac de droit…
Tandis qu’il poursuivait son monologue, j’attaquais mon tournedos Rossini, attentive à bien prendre à chaque bouchée un morceau de viande fondante, un bout de pain brioché et un soupçon de foie gras. Sentant le tout se mêler dans ma bouche, je fermais les yeux en me demandant où tout cela allait me mener.
- Oh, bon appétit Caroline ! Excusez-moi, je m’emporte dans cette histoire, mais voyez-vous, tout cela me tient à cœur… Si je suis revenu en France et si j’ai choisi de faire une fac de droit, c’est bien à cause de ce que j’ai vu là bas.
Qu’essayait de me dire le beau Franck, l’avocat chéri des tabloïds, qu’il voulait être le nouveau Robin des Bois ? Mais oui bien sûr ! Et comme le dit la publicité, la marmotte, le chocolat et le papier d’alu !... Continuant à savourer ma viande, j’écoutai malgré tout ce qu’il avait à me dire et à me révéler de si important.
- Ah ?! Et qu’avez-vous vu de si terrible alors ? m’enquis-je, dans l’espoir de paraître un tant soit peu intéressée par son récit.
- Je sais ce que vous pensez Caroline, que je n’ai pas trop le physique ni l’apparence d’un sauveur ou d’un vengeur masqué. Mais tout cela n’est qu’une illusion. Ces photos, ces ragots, ces rumeurs sont destinées à endormir la bienveillance des plus grands de manière à mener à bien la mission qui m’a été confiée…
Texte © Miss Alfie 2007
samedi 18 août 2007
Balais et Compagnie XIII
Je m’endormis alors que le jour commençait à poindre et n’entendis pas Luc se lever et aller chercher les croissants. C’est sa joue rugueuse de la barbe matinale qui me réveilla tandis qu’il venait m’embrasser pour me tirer de mon sommeil agité. Il était déjà onze heures, et j’avais rendez-vous à midi et demie avec Franck. Cette idée me noua à nouveau l’estomac et je me levai, vaseuse, les cheveux en pétard et les vêtements pendus dans la salle de bain. Mon moral retomba aussi sec dans mes chaussettes oubliées quand je mis le nez à la fenêtre et vis que le déluge de la veille se poursuivait. Sacré temps pour un mois de juillet !
Paris se vidait peu à peu de ses occupants et se remplissait dans le même temps d’estivants à la recherche de la visite inoubliable, du cliché inratable et de l’expo incroyable. Français, Européens, Asiatiques, Américains, Africains, tous les peuples semblaient s’être donnés rendez-vous dans la capitale française. Les cars encombraient l’entrée des Tuileries et une horde de Japonais, l’appareil photo rivé sur l’œil malgré le temps presque breton, s’engouffrait dans le parc aux allées boueuses pour visiter l’Orangerie et s’extasier devant les Nymphéas de Monet.
Planquée sous le parapluie prêté par Luc, je regardais mes sandales se noyer sur les pavés ruisselants. Je ne vis pas Franck arriver et sursautai lorsqu’il me dit bonjour. Nous ne nous étions vu qu’une fois chez Jules, un ami d’Etienne, mais il me semblait que je connaissais son visage aussi bien que celui de mon colocataire tant les amours et les affaires de l’avocat étaient médiatisées. La toute petite trentaine, Franck était l’un des maîtres de son domaine, même Luc le connaissait de réputation, il n’échappait à personne. Nous échangeâmes quelques banalités, et il me proposa de le suivre. Il avait réservé une table dans un petit restaurant où nous serions tranquilles pour discuter de notre affaire.
Je montais dans sa voiture, un coupé de luxe noir et nous filâmes dans les rues de Paris, évitant les touristes inconscients et les parisiens étourdis pour arriver sur l’île Saint Louis. Franck rangea sa voiture le long du quai et nous nous engageâmes dans les petites rues de ce quartier à l’allure villageoise. Le ciel semblait se calmer et je repliai mon parapluie. Les pavés glissaient et Franck m’offrit son bras pour que je ne trébuche pas. Ce gars-là avait une classe que peu d’hommes de sa génération possédait. J’avais l’impression de me retrouver au bras d’un magnat de la finance, et me félicitait d’arborer mon pantalon noir passe-partout et plutôt élégant et un tee-shirt banal mais un minimum habillé.
Nous pénétrâmes dans un petit restaurant à la devanture violette. Le maître d’hôtel en costume noir vint à notre rencontre et indiqua à Franck une table dans un coin de la pièce. La salle était vide, à l’exception de deux ou trois couples qui semblaient absorbés par des discussions très importantes, et je me sentis mal à l’aise. Ce n’était pas mon milieu, mon environnement habituel. Lorsque j’allais manger au restaurant, c’était pizzeria ou crêperie, à condition d’en avoir trouvé une à la cuisine potable. Alors que là, je me retrouvais assise dans un fauteuil moelleux, au milieu d’une salle de restaurant à la décoration dernier cri et à la musique doucement classique. Franck commanda d’office deux coupes de champagne.
- A votre instinct, chère Caroline ! Je crois que vous venez de mettre le doigt sur une affaire des plus scandaleuse ! me lança-t-il en levant son verre.
Texte © Miss Alfie 2007
Image Matin (détail) de Claude Monet
mardi 14 août 2007
Balais et Compagnie XII
Nous étions désormais allongés côte à côte dans son lit. Ma main dans la sienne, nous n’entendions que le chuintement des roues des voitures dans la rue tranquille. La pluie avait enfin cessé, après nous avoir complètement trempé. Tant et si bien que nous fûmes obligés de nous dévêtir totalement à l’arrivée ! Quel dommage !
Luc n’avait pas changé, toujours aussi beau et doux, aussi ravageur et têtu. Peu lui importait de laisser derrière lui une horde de jeunes femmes désespérées du moment qu’il pouvait vivre sa passion. Personnellement, j’avais appris à ne plus attendre de lui que ces moments furtifs et intenses lorsqu’il était de retour. Si d’aventure son séjour parisien venait à se prolonger, nos rencontres se faisaient plus régulières et je désertais régulièrement notre appartement de banlieue au profit de son studio central, bien que mon temps de transport matinal s’en ressente fortement. Et puis un beau matin, Luc faisait son sac. Nous nous disions au revoir d’un baiser sur la joue, ne sachant jamais quand le destin nous remettrait sur la route de l’autre.
Mais pour l’instant, il était là et bien là. Je sentais sa peau contre la mienne et me mis sur le côté pour mieux l’observer.
- Bon, maintenant, tu vas me dire ce qu’il y a ! me lança-t-il avant que je n’aie eu le temps d’ouvrir la bouche.
- Ce qu’il y a ? Mais rien du tout ! mentis-je.
- Rien ? Très bien. Parfait. Mais alors explique-moi ce regard triste, ces coups d’œil inquiets pendant que nous marchions tout à l’heure et cette tension dans ton corps quoi que je fasse…
- Oh ! Ça ?! Rien de grave ! Juste quelques soucis au boulot, des magouilles… Et puis on s’est fait cambriolé hier…
- Ah ben quand même, c’est vrai, c’est pas grand-chose tout ça !
Avide de parler de tout cela, je racontai à Luc mes mésaventures des quarante-huit dernières heures en lui faisant promettre de ne rien dire. A l’évocation du nom de Franck, Luc releva la tête.
- Attends, tu vois maître Verger pour ça ? Soit il a en tête de te sauter, soit il prend vraiment cette histoire au sérieux ! Parce que ce mec, il est réputé pour être un as du milieu malgré son jeune âge !
L’angoisse me repris et m’étreignit à nouveau le ventre. Si Franck voulait vraiment me faire passer à la casserole, il n’aurait pas mis Etienne en garde comme il l’a fait. Je savais très bien qu’on lui prêtait une quantité de maîtresses puisqu’il faisait régulièrement la une des magazines people. Mais Luc avait raison : si Franck avait accepté de me recevoir après qu’Etienne lui eut transmis les maigres éléments dont il avait connaissance, c’est que cette histoire était sûrement plus sérieuse que je ne l’avais cru au départ… Ou plutôt que cette histoire se rapprochait dangereusement des films que je m’étais fait au départ en me traitant d’idiote trop passionnée de romans policiers.
Je me retournai dans le lit et senti Luc venir se caler contre moi. Quelques minutes plus tard, je sentis son souffle régulier sur mon cou, signe qu’il avait rejoint Morphée tandis que mon cerveau en ébullition tentait de se calmer en se focalisant sur la lueur clignotante du sex-shop du coin de la rue.
Texte © Miss Alfie 2007
samedi 11 août 2007
Balais et Compagnie XI
Du blanchiment d’argent ?! Je regardai Etienne avec des yeux ronds, n’imaginant pas que derrière la façade de cette société d’assurances, se cachait un réseau mafieux.
- Ecoute, Franck m’a rappelé dans l’après-midi. Il préfère te voir vers midi et demie demain. Il t’expliquera tout ça. Il propose que tu le retrouves à l’entrée des Tuileries. Si tu as un souci, t’as qu’à noter son numéro de téléphone.
Après avoir bidouillé mon engin téléphonique, je partis me préparer pour retrouver Luc. Le temps d’y aller, il me fallait me dépêcher, sinon la place risquait d’être prise ! Avec le charme qu’il possédait, mieux valait arriver avant lui dans un bar, sous peine de ne voir qu’un essaim de donzelles aux charmes beaucoup plus attrayants que les miens. Pour l’occasion, je revêtis donc un pantalon noir des plus classiques et un petit haut très simple mais bien décolleté pour mettre en avant l’un de mes seuls atouts de charme ! Si Luc m’avait proposé d’aller boire un verre, ce n’était certainement pas uniquement pour me faire le récit détaillé de sa dernière expédition au bout du monde… Comme Etienne l’avait insinué d’ailleurs !
Laissant à Etienne le soin de finir le rangement de la salle, je partis avant qu’il ne se décide à me servir de chaperon n’ayant pas de nouvelles de son cher et tendre, et bien décidée à laisser de côté ces histoires de magouilles financières et de cambriolage pour passer une soirée bien agréable en charmante compagnie.
Ainsi que je l’avais prévu, j’étais en avance, ce qui me permit de m’installer dans un coin du bar, tout en surveillant la porte d’un œil. J’avais troqué mon sac à dos contre un grand cabas noir dans lequel j’avais fourré en vitesse un tee-shirt pour le lendemain, au cas où je ne puisse rentrer chez moi avant mon rendez-vous avec Franck.
Lorsque je le vis passer la porte du bar, je le reconnus tout de suite et ressentis des chatouillements au creux du ventre. J’avais toujours peur d’oublier son visage entre deux rencontres, mais à chaque fois, c’était la même chose, cette sensation de l’avoir quitté la veille, de l’avoir vu l’heure précédente. Il me vit au premier coup d’oeil et se dirigea vers ma table. Son pantalon et sa chemise beiges faisaient ressortir son teint halé. Ses yeux clairs, entre le bleu et le vert, contrastaient avec ses cheveux d’un noir d’ébène. Il se pencha vers moi pour me faire une bise et j’humais son parfum, immuable, jamais changé malgré les années. Il s’assit près de moi, fit signe au serveur et commanda avec cette aisance naturelle qui m’impressionnait toujours autant chez lui. Nous trinquâmes à nos retrouvailles, à nos amours inexistants, à nos aventures quotidiennes et discutâmes longtemps, tandis que les couples se faisaient et se défaisaient, que nos voisins de table changeaient au rythme des musiques latinos du café et que le son augmentait, nous forçant à nous rapprocher l’un de l’autre pour poursuivre notre échange.
Il me parla de Calcutta, de l’Inde, du Cachemire, du Tibet, de tous ses voyages récents et de ses missions à venir. Il repartait dans un mois au Moyen-Orient, dans ses pays où les bombes et les kamikazes frappent, sans distinction, autochtones et étrangers. Il vit dans mes yeux une lueur d’inquiétude.
- Ne t’en fais pas, Petite Lune, tu sais bien que c’est pour ça que je vis, pour le danger de ce boulot, me glissa-t-il à l’oreille avec un sourire.
Petite Lune… C’est ainsi qu’il m’appelait souvent lorsque nous nous retrouvions. Un surnom lié à notre première nuit, une nuit où la pleine lune inonda la chambre sans volets qui nous hébergea. Petite Lune… Lorsqu’il commençait à m’appeler ainsi, mon cœur faisait un bond et mon estomac se retournait. Petite Lune… Je sentais que proche était le moment où nous allions, d’un regard complice, choisir d’abandonner la chaleur bruyante du café pour nous retrouver dans la nuit parisienne, courant sous l’averse pour trouver refuge sous une porte cochère où il m’embrasserait enfin avant de héler un taxi.
Texte © Miss Alfie 2007
mardi 7 août 2007
Balais et Compagnie X
Le policier revint dans le bureau pour me faire signer ma déposition et m’indiqua qu’on nous tiendra au courant des résultats de l’enquête. Je le remerciai et quittai le commissariat en me disant qu’il serait bon que la police revoie ses formules… Parce que le jour où la police viendra me dire qu’ils se sont intéressés à notre affaire, et arrêté le cambrioleur qui n’a rien volé dans notre appartement, je pense que je pourrais rentrer au couvent. « Sans suite », voilà ce qu’allait être son résultat ! Sur ces quelques pensées, je pénétrai dans l’appartement, toujours en bazar, en me disant qu’il serait bon de faire un peu de rangement.
Je n’avais pas encore fini de ranger le salon, remettre les livres en ordre et reclasser les DVD lorsqu’Etienne rentra de son travail. Généralement, je n’étais pas là quand il arrivait et n’avais donc pas la chance de le voir vêtu de son joli polo rouge fourni par son entreprise ! Parce qu’on ne travaille pas dans l’électroménager sans un joli polo rouge avec l’insigne du magasin dans le dos !
Etienne était comme moi, un de ces paumés de l’orientation qui, après six ans de fac de philosophie, s’était rendu compte que la philo, c’était bien gentil, mais ça ne faisait pas bouillir pas la marmite. Du coup, adieu Kant et Pascal, bonjour Brandt et Philips. Et le voilà, se coltinant toute la journée des étudiants en recherche de la perle pour leur logement, des couples adorablement énervant ou encore de charmantes dames surexcitées à l’idée de l’installation d’un lave-vaisselle dans la nouvelle cuisine. Mais toujours, Etienne conservait son calme, son sang-froid et sa gentillesse. Ah, qu’il était gentil, Etienne ! D’ailleurs, Etienne, il était toujours volontaire pour faire la fermeture du samedi soir et les fériés ! Ben oui, parce que Etienne, il était célibataire et sans enfant ! En conséquence de quoi, Etienne, il avait le droit de prendre ses vacances en période creuse, mais uniquement en période creuse, de manière à ce que le personnel avec marmots puisse partir à Noël faire du ski dans les Alpes tandis qu’il s’occuperait des clients de dernière minute et des échanges post-fêtes de fin d’année.
Assise en tailleur sur le tapis, j’eus donc le plaisir de pouvoir rire de l’accoutrement de mon colocataire, généralement vêtu de tee-shirts moulant au look non équivoque. Affichant sur son visage une grimace des plus gracieuses, il fila changer son costume de jeune homme bien sous tout rapport contre celui de gay prêt à sortir écumer les boîtes toute la nuit.
- Alors miser Love, tu fais quoi ce soir ? lui demandai-je, tout en continuant de ranger les DVD.
- Bar, boîte, je sais pas encore, j’attends que Tom m’appelle. Et toi ?
- Je retrouve Luc près des Champs Elysées, on passe la soirée ensemble…
- La soirée seulement ?! Ne me dis pas que tu rentres dormir ici, je ne te croirai pas ! me lança-t-il en gloussant.
Je lui tirai la langue, sachant très bien ce qu’il voulait insinuer et lui demandai :
- Au fait, qu’a dit Franck ?
- Que tu lui offrais là une des plus palpitantes affaires de sa carrière… Il semblerait que tu te sois fourrée dans un sale pétrin en allant bosser chez Kovinsky et Associés, les as du blanchiment d’argent…
Texte © Miss Alfie 2007
samedi 4 août 2007
Balais et Compagnie IX
Luc, c’était le genre de personne que je ne savais jamais définir quand je parlais de lui. Un copain ? Non, c’était bien plus. Un ami alors ? Oui, mais un ami très particulier. Un petit ami peut-être ? Non, au contraire ! Un amant ? En partie… Oui, Luc finalement, c’était peut-être un peu tout ça, un ami, un frère, un amant…
Nous nous étions rencontrés au restaurant universitaire, moi mangeant avec mes amis et lui venant retrouver ses amis… qui étaient les mêmes que les miens ! Rapidement, nous avions été amenés à nous revoir au cours de soirées, et le courant était bien passé. Mais Luc était un oiseau de nuit, une espèce volage, un vagabond imprévisible. Journaliste de son état, il parcourait le monde, voguant de conflits en catastrophes naturelles, toujours dans l’attente d’une nouvelle mission. Il lui arrivait de partir pendant plus de six mois et de ne donner que très peu de nouvelles. Ainsi, j’avais reçu des nouvelles deux mois auparavant, tandis qu’il faisait une escale à Calcutta pour faire un reportage sur le développement des industries de pointe en Inde. Nous commençâmes donc à papoter avant de convenir d’un rendez-vous pour le lendemain soir dans un bar de Paris où Luc avait toujours un pied-à-terre.
Je me couchai encore une fois bien avant Etienne qui finirait comme d’habitude par s’endormir devant la télé avant de rejoindre sa chambre au milieu de la nuit. L’angoisse qui m’avait quitté le temps de ma conversation avec Luc revint me nouer le ventre. Mon esprit s’emmêlait dans une foule de questions sans réponses. Je recoupais trop de faits coïncidant pour être le fruit du hasard. Je n’osais émettre la moindre hypothèse mais je sentais qu’un jeu étrange avait commencé à me prendre dans ses filets, et Etienne par la même occasion. Epuisée, je finis par m’endormir en songeant à la déposition qu’il me faudrait faire le lendemain.
Ne travaillant pas ce vendredi-là car j’avais demandé un week-end de trois jours pour me reposer, je me levais bien après le départ d’Etienne et me préparai avant de me rendre au commissariat de police du quartier ainsi que l’on me l’avait demandé. Etienne était passé peu de temps avant moi faire la sienne, sans doute avant de partir à son travail. Aux questions habituelles, je répondis calmement sans angoisse. En revanche, lorsque vint le moment de relater les faits, je ne sus par où commencer, ayant tellement emmêlé les fils de cette histoire dans mon cerveau que j’y voyais déjà la marque d’un mauvais polar.
J'aurais aimé avoir à mes côtés un avocat, un de ces types qui aurait pu m’aider, me défendre, me soustraire au regard suspicieux des policiers qui semblaient fortement étonné du fait que nous ayons été cambriolés la veille sans que rien n’ait été dérobé et sans que l’un de nous deux n’ait d’ennemis connus. En effet, des histoires similaires avaient été observées dans le quartier, mais c’était généralement le résultat d’une mise en garde en cas de dettes de jeu.
Mais au lieu du jeune et fringant avocat que l’on voit dans les séries télé se tenir à côté de l’accusé, je n’avais à ma droite qu’une chaise en plastique sur laquelle reposait mon sac à dos.
Le policier qui prenait ma déclaration se leva et sorti de la pièce pour aller récupérer les documents à l’imprimante de l’accueil du commissariat. Mon portable vibra à ce moment-là. C’était Etienne qui m’appelait pour me prévenir qu’il avait eu Franck au téléphone et qu’il proposait de me rencontrer demain à quatorze heures.
- Tu n’as rien dit pour les documents ? me demanda-t-il d’une voix inquiète en apprenant où je me trouvais.
- Non ! Pourquoi ?... m’étonnai-je.
- Franck a dit de ne surtout pas en parler. Je t'expliquerai ce soir…
Sur ce, il raccocrocha avant que je n’aie eu le temps d’ajouter une seule phrase.
Texte © Miss Alfie 2007
mardi 31 juillet 2007
Balais et Compagnie VIII
Lorsque j’arrivai à la maison, Etienne m’attendait avec une grande salade. Un serrurier était déjà passé pour changer la serrure mais il faudrait sans doute refaire la porte. Le propriétaire avait été prévenu et devait passer le lendemain. J’étais épuisée et je ne réalisais pas vraiment tout ce qui c’était passé. Les chambres avaient été dégagées pour que nous puissions accéder à nos lits, mais il nous avait été demandé de ne toucher qu’au strict minimum. Un premier relevé avait été fait l’après-midi même mais une nouvelle équipe de la police devait repasser le lendemain. Nous avions la soirée pour évaluer ce qui manquait.
Nous nous installâmes à la table de la cuisine pour dîner. Dans nos assiettes à fleurs, la salade était appétissante mais ni l'un ni l'autre n'y touchait. Nous tournions et retournions les feuilles vertes et les tomates dans l'assiette. La télé était allumée et nous entendions des bribes de conversation. La télévision, ils n'avaient même pas touchés à la télévision ! Ni à mon ordinateur ! Ni à aucun autre appareil de valeur... Comme si nos cambrioleurs fantômes recherchaient autre chose... Etienne remarqua que je frissonnai...
- A quoi penses-tu ? me demanda-t-il en enfournant un grain de maïs.
- Hum... A ces coïncidences un peu trop troublantes...
- Quelles coïncidences ?! On vient de se faire cambrioler, je ne vois aucune coïncidence là dedans ! me lança-t-il.
- Si, moi j'en vois plein... Et je trouve que depuis hier soir, il se passe trop de choses pour que cela soit naturel... Je ne t'en ai pas parlé hier parce que je pensais que cela n'avait aucun intérêt... Mais maintenant...
Je lui résumai alors les événements des dernières vingt-quatre heures, commençant par la découverte des documents, la présence du soi-disant technicien, la convocation de mon patron et l'annonce de ma suspicion dans un vol de documents.
- Attends Caro, tu ne crois pas que tu imagines un peu trop ?! Arrête donc de lire tes policiers ! Tout ça n'est qu'un pur hasard...
- Oui, peut-être... En tout cas j'espère ! Mais en attendant, demain, je dois aller porter plainte pour cambriolage et en même temps, je vais sans doute trouver une convocation pour être entendue dans une histoire de vol de papiers ! Alors quoi qu'il en soit, va falloir que je trouve un avocat... dis-je, en mettant dans l'évier mon assiette et en débarrassant la table.
Etienne venait d'allumer une cigarette tandis que je commençais la vaisselle. Il rangeait le reste de salade dans le réfrigérateur quand une lumineuse idée sembla l'envahir.
- Un avocat ? Mais je pourrai demander à Franck ! Tu te rappelles de Franck ?... Non ? s'étonna-t-il devant mon geste négatif. Franck, mais si, on l'avait rencontré chez Jules ! C'est un de mes amis de fac. Il s'est spécialisé dans les histoires financières... Je ne sais pas si ça te conviendrait, mais il pourrait peut-être t'aider...
L'idée n'était pas mauvaise. Et bien sûr que si, finalement, mon petit cerveau fatigué se rappelait de Franck, un grand brun à l'humour caustique avec qui j'avais très peu discuté lors de cette fameuse soirée chez Jules. Après tout, qu'avais-je à perdre ? Et puis si Etienne était encore en contact avec lui, autant tenter le coup...
Après avoir accepté la proposition de mon colocataire, je l'abandonnais devant la télévision pour retrouver mon ordinateur portable dans ma chambre. En l'allumant, je vérifiais l'intégrité de mes fichiers. Rien ne semblait avoir été modifié. Oui, je devenais paranoïaque, mais bon... On n'est jamais trop prudent ! Alors que je venais juste de me connecter à internet, mon logiciel de conversation instantanée me signala un nouveau message. Luc était apparemment de retour !...
Texte © Miss Alfie 2007









