Les crumbles de Miss Alfie

Des crumbles de vie, des goûters de petits bonheurs, des repas de petits plaisirs...

mercredi 3 octobre 2007

Balais et Compagnie XXVII

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Les cheveux en pétard, les yeux bouffis, je m’assis dans le lit le temps d’émerger. Le soleil filtrait à travers les fibres du rideau, striant le parquet sombre de rais lumineux. Quelques secondes passèrent avant que mon esprit ne remette en ordre les événements récents, et je me souvins rapidement qu’Elise devait m’attendre de l’autre côté de la porte, brunshinguée, maquillée et vêtue comme pour une séance de mode. Je grimaçai et sortis malgré tout du lit, poussée par une envie pressante.

J’ouvris doucement ma porte, ne sachant si mon hôtesse était réveillée, et me dirigeait vers les commodités. Le salon était inondé de lumière et la fenêtre devait être ouverte car je distinguai très nettement les bruits de l’extérieur. Une fois mes besoins effectués comme toute bonne jeune fille de son temps, je revins à ma chambre pour me doucher. N’ayant qu’un seul tee-shirt de rechange, le choix de l’habillement du jour fut vite fait, et je profitai de monopoliser la salle de bain pour laver celui que j’avais la veille. Certes, Elise me passerait très certainement des affaires si j’en avais besoin, mais j’avoue que l’idée de passer un de ces petits tops décolletés ne m’enchantait guère…

Mes tâches ménagères effectuées, je refermai mon lit après avoir aéré ma chambre et me rendis dans le salon, où je trouvai Elise en train de lire le journal du jour.
- Il me semblait bien t’avoir entendu bouger ! As-tu bien dormi ? me demanda-t-elle en me faisant la bise.
- Oui, très bien. Merci pour le pyjama !
- De rien ! Thé ? Café ?
- Heu… Thé s’il-te-plaît… Par contre, je suis ennuyée car toutes mes affaires sont chez moi, je n’ai qu’un tee-shirt de rechange et mon ordinateur est resté à l’appartement, et je dois travailler sur deux articles… expliquai-je.
- Oh ! Ne t’inquiète pas ! Franck a récupéré des affaires chez toi hier et me les a apportées. J’ai complètement oublié de t’en parler hier soir, ne bouge pas !

Quelques minutes plus tard, Elise revint avec ma sacoche d’ordinateur portable et un sac de voyage. Dedans, je trouvai les trois quart de ma garde-robe, Franck ne sachant sans doute pas que mon petit haut en lamé ne serait pas des plus utiles pendant cet exil caché, et qu’en revanche, j’aurais été ravie de trouver à la place un ou deux bouquins… Mais qu’importe, j’avais déjà mon ordinateur portable, et j’allais donc pouvoir faire semblant de travailler.
Elise me remit une clé de l’appartement, me conseilla de ne pas sortir, m’invita à profiter de la terrasse, du salon, de la télévision, d’internet, et de faire comme chez moi. Il y avait de quoi manger dans le réfrigérateur, et elle ne rentrerai pas de bonne heure ce soir, un cocktail à la rédaction…

Je restai donc seule dans le grand appartement, n’entendant que le son de mes pas amorti par la moquette par endroits. Je n’avais pas l’habitude de ne pas travailler, de n’avoir rien à faire, et je me sentais perdue. J’essayais de me concentrer sur mes articles de psychologie, sans succès, et je me retrouvais à buller, le nez en l’air, à contempler la valse des bouts de coton blanc dans le ciel bleu.
Le temps ne semblait pas avancer. Mon portable restait désespérément muet. Je guettais en vain un signe de Luc dans le ciel, au cas où il se soit mis au langage indien. Le téléphone de Franck sonnait également dans le vide, et je m’inquiétais pour Etienne.

N’en pouvant plus de rester ainsi à rien faire, sans réussir à me concentrer, me vint l’idée de mieux connaître l’appartement. Je sais, c’est très peu délicat de ma part, que d’avoir eu ainsi envie de découvrir les coulisses d’une vie si lisse et si parfaite. Elise devait bien cacher quelques secrets dans les placards blancs de son appartement de magazine, et je mourrai d’envie de me persuader que derrière son apparence de femme forte, se cachait une petite fille fragile.

Texte © Miss Alfie 2007

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samedi 29 septembre 2007

Balais et Compagnie XXVI

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Finalement, je n'eus pas le choix. Et à peine une heure plus tard, je débarquais chez Elise, toujours aussi élégante, aussi pimpante et aussi sûre d'elle. Mon seul bagage était mon petit sac à dos comportant les quelques affaires que j'avais voulu ramener chez Luc. Franck et Damien avaient contacté mon patron, prétexté je ne sais quoi et réussi à me faire prendre les deux semaines de congés que j'avais acquises. Egale à elle-même, Elise me fit faire le tour du propriétaire de son appartement.
Situé au dernier étage d’un immeuble d’une dizaine d’années, elle bénéficiait d’une terrasse suffisamment grande pour y avoir installé une grande table de jardin en teck, et dominait la Seine. En tournant la tête vers la gauche, on pouvait admirer la dame de fer qui se dressait dans la nuit parisienne. L’intérieur était aménagé de façon moderne. Elle m’indiqua, fière d’elle apparemment, qu’elle avait tout choisi elle-même et qu’elle avait fait la couverture d’un magazine de décoration le mois précédant, tout en me tendant le dit papier, histoire que je vérifie bien qu’elle ne mentait pas.

Il était près de minuit, et Elise ne semblait pas décidée à me laisser me reposer. Certes, je ne travaillais pas le lendemain, mais il me faudrait quand même tenter de récupérer mon ordinateur portable pour pouvoir continuer à travailler à mes articles. Tandis que je m’en inquiétais, mon hôtesse s’activait pour nous préparer un cocktail.
- Allons Caroline, ça va te faire le plus grand bien ! Tu as dû passer des journées effroyables d’après ce que m’a raconté Luc ! C’est incroyable ! me dit-elle en me tendant de sa main manucurée le verre.
Je le pris en haussant les épaules et en tentant de cacher mes ongles rongés. Je n’avais vraiment aucune envie de parler de tout cela. Je me retrouvais exilée chez une soi-disant amie avec qui j’entretenais des relations de façade, contrainte de rester cachée, sans vêtements de rechange, sans mon ordinateur, et sans même un seul de mes livres ! Elise semblait vouloir entretenir la conversation. Je lui répondais machinalement en sirotant ma boisson à base de vodka. Puis, je m’excusai et lui souhaitai bonne nuit.

Ma chambre donnait, tout comme chaque pièce de son appartement, sur la terrasse. Sur la chaise près du petit bureau, je trouvais un pyjama et un tee-shirt, Elise ne sachant sans doute pas ce que j’aurai préféré. Une porte me donnait accès directement à la salle de bain commune à nos deux chambres et j’y trouvai des serviettes de toilette. Après m’être rapidement rafraîchie, je repassai dans ma chambre et ouvris la porte fenêtre. Sous mes pieds nus, je sentis le bois de la terrasse. J’avais finalement passé le pyjama et je m’appuyai à la rambarde. Devant moi, la Seine filait vers son estuaire. Les bateaux Mouche et les vedettes rentraient à quai. Les lumières des berges se reflétaient dans l’eau calme et quelques voitures passèrent au pied de l’immeuble.
La lumière de la chambre d’Elise s’alluma, éclairant un peu plus la nuit, et je me retirai tout doucement dans ma chambre. Je tirai les grands rideaux et m’allongeai sur le lit. La couette moelleuse fut rapidement le berceau de mon sommeil.

Je dormis sans me réveiller, d’une seule traite, ce qui était assez impressionnant vu mon état d’angoisse, et ouvris les yeux alors que le soleil chatouillait les rideaux. N’entendant pas un bruit dans les lieux, je cherchai à tâtons ma montre qui m’indiqua que Télé Matin était terminé.

Texte © Miss Alfie 2007

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mardi 25 septembre 2007

Balais et Compagnie XXV

Balais_et_Compagnie25

Luc repris son récit tandis que les restes de pizzas refroidissaient sur la table en collant au carton d’emballage.
- Lorsque l’on m’a contacté, on m’a communiqué le nom et l’adresse d’une banque à Monaco, ainsi qu’un code composé de onze chiffres. Il m’a aussi été précisé qu’en cas de non-respect de mon silence, les forces opposées se mettraient en route et que j’aurai peu de chance d’en sortir…
- Ce sont les mêmes menaces que notre père avait reçu avant de repartir d’Afrique à l’époque… Leurs méthodes n’ont guère changé, mais doivent toujours fonctionner… expliqua Damien, le regard triste.
- J'ai promis de ne rien dire, juré, et noté les informations, continua Luc. Deux jours plus tard, j'étais à Monaco, avec en main les clés d'un coffre dont lequel j'ai trouvé plusieurs milliers d'euros...
- Mais quel est l'intérêt pour eux de verser de telles sommes à ceux qui les payent ? interrogea Etienne.
- C'est bien simple, repris Franck. En versant de grosses sommes qui correspondent généralement à cinquante pour cent de la somme versée par les « acheteurs », ils sont à peu près sûrs d'acheter le silence de leurs complices car si ces derniers utilisent l'argent, ils vont très vite être repérés : les billets déposés dans les coffres sont marqués par les banques comme étant volés, ou comme étant passé par des mains pas très nettes, si vous préférez...
- Tu veux dire que personne n'utilise l'argent déposé ? Questionnai-je. Mais alors pourquoi le planquer ainsi ?
- Non, personne ne peut l'utiliser, mais les têtes du réseau savent où le retrouver... Pour eux, c'est comme faire un placement... Mais bon, nous entrons là dans des considérations très techniques, et l'important, ce soir, est de vous mettre à l'abri, toi Caroline, et Etienne. Maintenant, je vous demanderai de ne plus poser une seule question. Il en va de votre sécurité, car les informations que vous risqueriez de découvrir vous mettent encore plus en danger...
- Mais vous ?! criai-je en regardant Luc.
- Ne t'inquiète pas pour nous. La protection dont nous bénéficions est largement plus grande que ce que tu pourrais imaginer. Ecoute Franck, et ne demande rien de plus...

Je ne comprenais plus grand chose à leur histoire. Si je tentais de résumer, il y avait de grosses sommes en jeu, des têtes qui pourraient sauter, des hommes et des femmes victimes de ce trafic, et une foule d'événements passés et futurs qui me dépassaient. Je regardais Etienne qui paraissait lui aussi un peu inquiet. Lui comme moi avions en mémoire la prise d'otages, et nous étions partagés entre l'envie de retrouver notre routine tranquille et la nécessité de nous faire discrets le temps que tout cela se résolve. Damien repris la parole.
- Etienne, tu vas venir avec moi. Tu vas t'installer dans la maison d'un de nos amis qui est absent en ce moment. Ghislain est homo, il ramène régulièrement des amants plusieurs jours, cela baissera la vigilance de ceux qui sont susceptibles de nous suivre. Ça ne t'ennuie pas ?
Etienne approuva la proposition, sachant qu'il n'y avait guère d'autre possibilité, et que si tel avait été le cas, nos protecteurs les auraient déclinées.
- Caroline, quant à toi, il va falloir quitter l'appartement de Luc. Jusqu'à présent, il n'y a rien de suspect ici, mais d'ici moins de deux jours, il risquera d'être sur écoute, comme tous ceux qui sont versés dans ce trafic... Et s'ils découvrent que tu es si proche de Luc, tout risque de capoter... En espérant qu'il ne le sache pas déjà !
Je dû faire une tête bizarre car les hommes autour de moi s'esclaffèrent.
- Oh, mais rassure-toi, je suis sûr que tu vas être ravie de ta destination ! me dit Luc, l'oeil pétillant. Elise a accepté spontanément de t'accueillir !
J'ouvrais de grands yeux, abasourdie.
- Quoi ?! Moi ?! Allez me réfugier chez Elise ?! Jamais ! martelai-je en tentant de sortir une cigarette récalcitrante de mon paquet.

Texte © Miss Alfie 2007

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samedi 22 septembre 2007

Balais et Compagnie XXIV

Balais_et_Compagnie24

- Rien d’étonnant à cela, admis Franck, la bouche pleine de pizza. Destranges fait venir d’Afrique des jeunes qui servent à la fois d’employés dans les entrepôts, et de cobayes pour les tests. Les gosses sont à peine majeurs, ont un titre de séjour en règle et une autorisation de travailler, mais sont logés dans des conditions calamiteuses, travaillent sans réel contrat et subissent des effets secondaires impressionnants… D’ailleurs, ils ne travaillent pas uniquement avec l’Afrique, les pays de l’Est sont touchés eux aussi.
- Destranges a versé et reçu de grosses sommes d’argent il y a deux mois. Kovinsky se charge normalement de gérer les transferts de fonds. Ils versent une infime partie sur des comptes en France pour permettre à leurs clients d’avoir un minimum de liquidités et de ne pas lever de soupçons sur eux, et mettent le reste en sécurité dans les paradis fiscaux. Cette fois, on soupçonne un trafic en provenance de Bulgarie… compléta Damien.

Je me réveillai enfin.
- Mais concrètement, comment comptez-vous faire pour les coincer ?! Et qui est la cible principale : Kovinsky, Destranges ou je ne sais quel illustre inconnu ? Parce que là, je ne suis pas sûre qu’à notre niveau, on puisse faire quelque chose !
- Détrompe-toi Caroline. Maintenant, vous n’allez peut-être plus faire grand-chose, mais vous avez été un maillon essentiel dans l’enquête. Cependant, si on vous a réuni ici ce soir, c’est parce que tout n’est pas terminé, et qu’il va encore falloir être prudent quelques temps, expliqua Franck. En particulier Etienne et toi…
- Et Luc, que vient-il faire là dedans ? demanda Etienne, formulant la question qui me taraudait depuis quelques minutes.

Je regardais mon amant d’un air interrogatif. Il faisait toujours aussi sûr de lui. Sa barbe de quelques jours lui donnait un air d’aventurier. Son intervention m’empêcha de repartir dans des considérations futiles et stériles.
- En fait, je ne suis pas rentré simplement parce que ma mission était terminée comme je te l'ai dit, Caroline. Cela fait quelques années qu’au hasard de mes reportages, j’enquête sur ces trafics d’humains à travers le monde. J’ai pris contact avec Franck peu de temps avant de partir en Inde, ayant entendu parler d’une filière là-bas. Mon objectif était de l’infiltrer pour observer les manoeuvres de l’intérieur. L’enquête sur les nouvelles industries de pointe et l’installation massive d’occidentaux fut une couverture géniale. On m’a ouvert bon nombre de résidences et j’ai pu sympathiser avec des chefs d’entreprise dont le comportement vis-à-vis de la population locale semble remonter au début du dix-neuvième siècle, quand l’esclavage était toujours de mise en France. Je me suis fait passé pour l’un d’entre eux, pour un journaliste en mission qui aimerait bien améliorer son quotidien en France. On m’a introduit dans des cercles secrets, on m’a présenté à des gens très influents, on m’a fait de multiples propositions. J’ai agi comme ils le font tous, j’ai étudié, négocié, et accepté de ramener en France une jeune Indienne. L’objectif était de me rendre compte des tours de passe-passe que cela allait entraîner… Grâce aux financements que j’avais pour ma mission, j’ai pu régler en une seule fois la marchandise, comme ils disent, ce qui a accéléré le retour. Jusque là, hormis le trafic à la limite de la légalité, je n’avais rien noté d’incongru. Mais je savais que j’allais être contacté. On m’avait expliqué qu’il serait bon que je ne parle pas de cette transaction… Et que pour garantir mon silence, on m’offrirai un petit cadeau.

J’écoutais Luc abasourdie. Jamais je n’aurai pensé qu’il ait pu être mêlé à ce genre d’affaire. Le reporteur de guerre se transformait sous mes yeux en agent secret à la solde d’une mystérieuse organisation de lutte contre les trafics humains…

Texte © Miss Alfie 2007

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mardi 18 septembre 2007

Balais et Compagnie XXIII

Balais_et_Compagnie23

Mon lundi fut extrêmement difficile. Ayant dormi chez Luc, j’avais dû me lever à quatre heures trente au lieu de cinq pour pouvoir arriver à l’heure à la pharmacie. Il pleuvait des trombes d’eau et j’étais arrivée trempée au boulot. N’ayant pas mon vélo, j’avais dû me coltiner le bus pour aller chez le dentiste.
Toujours trempée et fatiguée, j’avais décidée de passer à l’appartement me changer et prendre quelques affaires à déposer chez Luc avant de partir chez Flechner. C’était sans compter sur Etienne et son Tom qui avaient bien dû profiter de la soirée et du contenu du bar local. Je n’osais jeter un œil dans leur chambre et me faufilai dans la mienne pour récupérer sous-vêtements, pantalons, tee-shirt et tout mon nécessaire de toilette.

La journée s’étira en longueur. Luc était absent lorsque je rentrai à son appartement. J’y posai mes affaires et mangeai un morceau avant de repartir travailler. J’effectuai mes dernières heures de la journée avec cette lassitude de me sentir inutile et exploitée. Et puis toute cette histoire de blanchiment d’argent, d’esclavage et de menaces me semblait tellement incroyable et rocambolesque que j’avais envie de tout planter, de les laisser se démerder, de me barrer, de prendre mon ordinateur, un cahier et un crayon et de m’installer sur je ne sais quelle île bretonne. Mais tout cela ne relevait que du rêve. Après avoir repris le métro, je rentrerai sagement chez Luc où il m’attendrait avec Etienne et Franck. Nous parlerons des nouveaux éléments, établirons un plan d’action et projetterons je ne sais quel action totalement farfelue…

Le soleil semblait vouloir faire une apparition tardive lorsque j’arrivais chez Luc un peu plus tôt que prévu. Franck venait d’arriver et Etienne squattait allègrement le canapé en dégustant un Martini. Luc m’embrassa, et j’en restai coite, lui qui n’avait pas franchement l’habitude de témoigner de gestes tendres à mon égard en public. De la cuisine, provenaient des effluves de pizza que mon ventre traduisit aussitôt en gargouillis insistants.

La sonnette retenti à nouveau, et j’allais ouvrir à la demande de Luc, occupé à préparer le dîner. Je me retrouvais alors nez à nez avec le fameux Damien, frère de Franck, et technicien en climatisation à ses heures perdues. Il me tendit une bouteille de vin en me saluant.
- Vous devez être Caroline… Damien, le frère de Franck…
- Oui oui… Je vous ai reconnu ! lui lançai-je en le faisant entrer dans l’appartement.
Luc posa des verres sur la table du salon et nous nous installâmes autour, qui sur les fauteuils, qui sur des coussins, l’appétit ouvert par la pizza fumante qui trônait dans nos assiette. Ce fut Franck qui prit le premier la parole.

- Bon, les choses ont bien avancé. Je suis désolé que vous en ayez été les victimes, mais la prise d’otages de samedi a porté ses fruits. Nous progressons dans l’enquête… Concrètement, on a pu établir les allers et venus chez Kovinsky le soir du vol. Il y a d’abord eu toi, Caroline, à venir. Puis Damien est arrivé et tu es partie juste avant qu’il ne soit dérangé par un homme cagoulé. Damien s’est planqué et l’homme a embarqué les documents qui nous intéressaient. Ce mec, on a enfin mis la main dessus : il bossait pour Destranges, bien emmerdé de se trouver mêlé à cette histoire…
- Destranges ? Tu veux parler de la première entreprise cosmétique de France ? interrogea Luc.
- Oui… On est sur leur piste depuis quelques mois déjà… concéda Damien. Tu connais ?
- Pas qu’un peu… J’ai fait un article sur eux il y a à peine six mois de cela. J’avais cherché à rencontrer la PDG mais on ne m’a donné accès qu’à son adjointe. J’ai été proprement remercié quand on a vu que je m’intéressais de trop près aux méthodes de test de leurs produits…

Texte © Miss Alfie 2007

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samedi 15 septembre 2007

Balais et Compagnie XXII

Balais_et_Compagnie22

Des bruits alentours me tirèrent de ma torpeur. Je reçus quelques gouttes d’eau sur le visage et n’eus pas le temps de réaliser ce qu’il se passait avant de me retrouver empoignée par les bras et les jambes et jetée dans le bassin turquoise par les hommes présents. Le contraste entre la chaleur de ma peau et la fraîcheur de l’eau fut saisissant et j’hurlais à me déchirer les poumons. Ressortant rapidement de la piscine, je poursuivis mes assaillants comme une gamine, jusqu’à trébucher sur le tuyau d’arrosage vert. Je le suivis jusqu’à son extrémité et lançais l’offensive contre les hommes. Les filles s’étaient jointes à moi, rentrant dans la maison et préparant quelques munitions à déverser sur les garçons depuis les fenêtres multiples. Les cinq garçons se planquaient, sans doute en préparant leur plan d’attaque, tandis que patiemment, j’attendais qu’un d’eux veuille bien montrer le bout de son nez pour pouvoir l’arroser.

 

Nous bataillâmes durement pendant près d’une demi-heure avant que la sonnette ne retentisse à nouveau. Elise se précipita pour ouvrir à quelques amis qui venaient se joindre à nous pour la soirée. Après avoir rangé nos munitions, nous troquâmes nos tenus légères contre des bouts de tissu légèrement plus longs, et légèrement plus adaptés à la préparation d’un barbecue.
La table se préparait tranquillement, se couvrant de victuailles et de boissons. Les verres se remplissaient de vin rosé et l’odeur du bois brûlé commençait à nous entourer. Elise avait mis de la musique et les uns et les autres discutaient en tapant du pied.
Etienne reçut un appel et nous abandonna pendant la soirée. Son prince charmant venait de réapparaître et lui proposait de le retrouver à l’appartement. Elise flirtait avec quelques uns de ses amis, Jules et Valentine semblaient en léger froid, à l’inverse de Léonora et Frédéric qui dansaient langoureusement dans un coin du jardin.

Je frissonnai en fumant une cigarette lorsque je sentis les bras de Luc se poser sur mes épaules.
- Je peux ? demanda-t-il en désignant l’objet incandescent au bout de mes doigts.
Je lui tendis ma cigarette en continuant d’observer les gens à quelques mètres de moi. Je m’étais assise dans l’herbe, mon verre de vin posé à ma gauche, et Luc désormais à ma droite. La plupart des invités étaient des relations de travail d’Elise, qui travaillait à la rédaction d’un magazine féminin. Nous n’avions jamais réussi à savoir exactement ce qu’elle y faisait, hormis Luc qui travaillait avec elle de temps à autre. Il avait bien essayé d’ailleurs de proposer mes piges, mais étrangement, Elise avait estimé que je ne rentrais pas dans la ligne éditoriale du magazine. J’avoue, avec une petite honte, que je lui en garde toujours rancoeur aujourd’hui, surtout lorsque je parcours les pages du dit magazine.
Luc et moi terminions la cigarette en commun. Mon verre se vidait, ainsi que le sien, et je voyais l’heure tourner. Luc, qui me connaissait bien, n’attendit pas ma question pour mettre son pull sur mes épaules et me faire signe de le suivre. Nous allâmes saluer Elise qui discutait passionnément de la mode hivernale avec l’une de ses collègues de travail et partîmes dans la nuit parisienne retrouver son appartement

Demain matin, le réveil sonnerait plus tôt pour moi. En dormant chez Luc, je me rallongeai pour aller au travail, mais au moins, j’étais avec lui, et Etienne ayant ramené son chéri à l’appartement, mieux valait que je déserte les lieux !

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mardi 11 septembre 2007

Balais et Compagnie XXI

Balais_et_Compagnie21

- Assez d’accord avec toi, suivit Etienne. On bosse en intérieur toute la semaine, ça vous dirait pas d’aller faire un tour ?
- Ma foi, pourquoi pas… Qu’en dis-tu Franck ? Tu te joins à nous ?
- C’est sympa, mais je vais aller rejoindre mes comparses à l’association, nous avons du boulot. Mais de toute façon, vous avez bien raison, nous avons pour l’instant toutes les informations qu’il nous faut. Les deux émissaires de Kovinsky sont en train d’être interrogés par une brigade spéciale chez les flics, et je ne vais pas tarder à les rejoindre.
- Mais cette histoire de chantage, comment allez-vous faire pour savoir qui est passé après ton frère ?... m’enquis-je.
- Ne t’inquiète pas de cela pour l’instant. Vous en savez tous bien assez comme ça, pas besoin d’en rajouter. Je vous tiendrai au courant dès que les choses se préciseront. Par contre, on ne se raconte rien au téléphone, et on évite les papotages par mail… On n’est jamais trop prudent…
- Caro, tu finis à quelle heure demain ? me demanda Luc.
- Neuf heures, comme d’hab… Pourquoi ?
- Très bien, commenta Franck. Donc, rendez-vous vers neuf heures et demie chez toi, Luc. Pas de problème Caroline ? On fera le point sur les nouvelles informations… dit-il tandis que Luc acquiesçait.
- Non non, ça marche…

Franck termina sa tasse de café, ramassa son postiche qui traînait par terre, nous salua et partit. Nous n’étions plus que tous les trois, sirotant le fond de nos tasses en se demandant où nous pourrions aller quand le portable de Luc sonna. C’était Elise, une de ses anciennes conquêtes, qui lui proposait de passer l’après-midi dans le jardin de ses parents. Elle ajouta que Léonora et Valentine seraient aussi là avec leurs copains. L’appel tomba à pic et nous sautâmes sur l’occasion de profiter d’un grand jardin et d’une piscine. Etienne prêta à Luc un short de bain et j’enfilai un deux pièces qui me mettait en valeur. Il allait falloir rivaliser face à Elise !

Luc étant venu en voiture, il nous emmena à travers les routes de banlieue jusqu’au pavillon des parents d’Elise que nous connaissions presque par cœur pour y avoir fait d’innombrables soirées. Elise, Léonora, Jules, le copain de Valentine, et moi étions ensemble à la faculté. C’est de là que j’ai rencontré Luc, qui connaissait Elise et Jules depuis le lycée, et Etienne qui n’était ni plus ni moins que l’ancien voisin de Jules. Valentine s’était rapidement greffée à la bande et Frédéric avait rejoint les rangs de l’équipe quelques mois avant que les orientations des uns et des autres ne nous éloignent. Et c’est accessoirement par le biais d’une soirée chez Jules que nous avions rencontré Franck ! C’était donc toujours un petit bonheur de se retrouver, un moment de nostalgie où l’insouciance nous envahissait à nouveau et où nous fumions des cigarettes en buvant des bières aromatisées à la tequila.

Les deux couples étaient déjà allongés sur leurs serviettes quand nous arrivâmes, et c’est une Elise plus rayonnante que jamais qui vint nous ouvrir. Le ventre plat, les cuisses galbés, la peau mate, elle portait un deux pièces et un paréo autour de la taille qui flottait autour d’elle à chacun de ses pas. Ses cheveux longs étaient remontés en un chignon négligé mais savamment arrangé et une paire de lunette de soleil dernier cri barrait son visage. Elle dégageait une sensualité qui me fit me sentir ridicule dans mon maillot dont j’étais, quelques minutes plus tôt, si fière.
Nous nous installâmes à côté de nos amis, enlevâmes nos vêtements et enduisîmes nos peaux blanches de crème solaire. La conversation s’engagea, chacun fit part des dernières nouvelles, parla de ses projets professionnels ou de vacances et l’après-midi roula tranquillement tandis que je m’assoupissait sous le regard amusé de Luc, par ailleurs absorbé dans une discussion passionnante avec Elise.

Texte © Miss Alfie 2007

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dimanche 9 septembre 2007

Balais et Compagnie XX

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Je le regardais sans dire un mot. Etienne picorait des miettes de croissant sur la table basse en nous scrutant alternativement. Et Franck semblait hypnotisé par son café. Mon téléphone portable choisit ce moment précis pour entonner sa musique d’appel, m’empêchant de poser la question qui me brûlait les lèvres.

J’échangeai quelques mots avec Luc qui s’inquiétait de mon silence, lui proposa de venir me rejoindre à l’appartement et raccrocha, un peu de baume au cœur devant sa sollicitude, toujours sans réponse à ma question cruciale.
- Comment ça, Franck, c’est vous qui avez envoyé le faux mec de la clim’ ? Tu te rends compte de ce que tu me dis là ?! m’insurgeai-je.
- Oui Caroline, je sais. C’est mon frère, Damien, que tu as vu l’autre soir en faisant ton travail. Il avait pour mission de récupérer les listings que tu as vus pour que nous puissions continuer d’avancer dans l’enquête que nous menons. Damien devait venir beaucoup plus tôt mais il a eu des problèmes avec sa voiture. Du coup, au lieu d’arriver en fin d’après-midi, à l’heure où les bureaux se vident, et de faire son travail avant ton arrivée, il a dû reculer sa mission.
- Mais pourquoi ne pas avoir attendu le lendemain alors ?! Tu imagines le danger que vous nous faites désormais courir ?!
- Nous ne pouvions pas attendre le lendemain. L’opération avait déjà été reportée plusieurs fois, et nous savions qu’une grosse opération se préparait pour la fin de cette semaine. Nous travaillons avec des techniciens qui peuvent avoir accès aux mouvements informatiques, mais il nous manquait pour cela des codes que nous ne pouvions trouver que sur ces documents.
- Mais de toute manière, le cabinet s’en serait rendu compte, non ?!
- Pas forcément… avoua Franck. Notre idée première était d’en faire des copies. Hélas, après ton départ, les choses se sont compliquées. Damien a pu photographier quelques pages, mais a rapidement été dérangé dans son travail. Il s’est planqué dans ton cagibi car deux hommes sont arrivés, cherchant a priori la même chose que lui puisqu’une fois qu’ils sont repartis, Damien est retourné dans le bureau et n’a retrouvé aucun papier…
- Tu veux dire que vous n’étiez pas les seuls à vouloir ces documents ? s’inquiéta Etienne.
- Non, loin de là… Et je ne serai pas étonné d’apprendre que l’on va bientôt faire chanter plus d’une des personnes dont les noms sont inscrits sur cette liste…

La sonnette de l’entrée retentit et j’allai ouvrir à un Luc au visage fatigué.
- Hey ! Alors, tu trouves drôle de me faire de telle frayeur ?! me lança-t-il en déposant sur ma joue un énorme bisou claquant.
Je lui racontai brièvement nos péripéties et lui proposai un café qu’il accepta bien volontiers. Tandis que je refaisais couler une tournée de liquide noir, j’entendais les trois hommes qui gravitaient autour de moi discuter. Je m’appuyai au rebord de la fenêtre et regardai le petit parc en face. Deux enfants s’amusaient sur les jeux en métal et une maman lisait tranquillement au soleil. Les berges de la Seine devaient être envahies de monde et les pelouses des parcs parisiens remplies. L’odeur du café envahissait la pièce et le soleil montait tranquillement dans le ciel. L’horloge avançait à son rythme et indiquait presque midi. La nostalgie du dimanche n’était pas loin de m’envahir… Il fallait réagir, proposer une sortie, appeler des copines, varier les plaisirs.

J’emportai dans le salon la cafetière pleine, servis mes hommes, et m’assis en reprenant ma tasse de thé à moitié vide et déjà froide.
- Bon, d’accord, on est dans un sale pétrin, il va falloir faire le point, réfléchir à ce que l’on va faire, étudier les possibilités, mais bon, perso, j’ai pas forcément envie de rester enfermée un jour de soleil comme aujourd’hui… lançai-je à la cantonade.

Texte © Miss Alfie 2007

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vendredi 7 septembre 2007

Balais et Compagnie XIX

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- Oh mais c’est très simple ! ajouta Franck qui venait de poser sur la table du salon une assiette pleine de croissants et de brioches. Vous avez été pris en otage par les sbires de Kovinsky…
- Ah… Rien que ça ?! tentai-je d’ironiser en m’installant dans un des fauteuils.
- Caro, ça n’a rien de drôle… s’indigna Etienne. En fait, ils devaient nous guetter. Ils ont sonné peu de temps après mon retour, il devait être quatorze heures dix et des poussières. Je n’ai pas eu le temps de dire un mot que j’étais cloué sur la chaise. Ils m’ont cuisiné un bout de temps avant de voir qu’effectivement, je ne savais rien. Du coup, j’ai eu le droit de t’appeler. La suite, tu connais à peu près.
- A priori, ajouta Franck, ce sont eux qui sont venus mettre à sac votre appartement jeudi. Ils devaient déjà être à la recherche des documents qu’ils vous ont réclamés.
- Mais que s’est-il passé après que nous nous soyons endormis ? M’inquiétai-je. Et qui nous a endormi ?
- C’est moi. J’ai fait passer un petit tuyau par un des trous de la porte. Encore heureux qu’elle n’avait pas été réparée ! Je me doutais bien de ce qui se préparait, ils procèdent souvent de la même manière. Je savais que vous en subiriez vous aussi les conséquences, mais je n’avais pas le choix. J’étais seul et les renforts n’arrivaient pas. Deux autres membres de l’association sont arrivés une fois que vous avez tous été endormis. Nous sommes rentrés dans l’appartement. Je me suis occupé de vous détacher et de vous porter dans vos chambre pendant que mes amis s’occupaient de vos ravisseurs, expliqua Franck.
- Quelle association ? s’étonna Etienne.
- Ah oui... Franck, vous pouvez lui expliquer ?
- Oui, mais à condition que l’on se tutoie tous, parce qu’à mon avis, on n’est pas près de se quitter ! lança mon avocat redresseur de torts en enfournant un bout de croissant dans sa bouche.

Nous rigolâmes tous les trois, plus par nervosité que par réelle envie de s’amuser. Puis Franck narra à Etienne son histoire ainsi qu’il me l’avait fait au restaurant. J’écoutais d’une oreille distraite. Mon thé refroidissait dans mes mains. Le liquide ambré coulait dans ma gorge assoiffée. Je regardais les croissants sans avoir envie d’en avaler un seul. Je songeais à Luc. Il fallait que je l’appelle. Et non, Franck n’avait pas encore essayé de me sauter, il allait être déçu ! Luc... Sacré Luc... Il allait encore filer, comme toujours, sans se retourner... D’ailleurs, je ne serais pas étonnée d’apprendre que devant mon absence de la nuit dernière, la place aura été tenue chaude par une autre blonde aux formes opulentes.

La voix d’Etienne me rappela à la réalité de notre conseil de guerre.
- Très bien, mais que vient faire Kovinsky et Associés là dedans ? Et pourquoi y es-tu mêlé ?
- Je ne peux pas tout vous dire. Mais nous soupçonnons Kovinsky de faire du blanchiment d’argent. Ils géreraient des comptes dans des paradis fiscaux où nous n’avons que peu d’emprise, des comptes sur lesquels sont versés des sommes pour inciter les uns et les autres à ne rien révéler de ce qui se passe dans les cuisines des ambassades, des sommes correspondant à des paiement de passeurs et j’en passe. Tout cela est un système fortement organisé, et nous pensons que la plupart de ceux dont nous entendons parler tous les jours sont mouillés.
- C’est incroyable... murmurai-je, pensive. Cela voudrait dire que les documents que j’ai vus sont des positions de comptes ou des listes de comptes... Et que le gars qui m’a dit être un technicien de la climatisation n’était autre qu’un émissaire envoyé là pour récupérer ce document... Mais envoyé par qui ?
- Par nous... lança Franck en plongeant son nez dans sa tasse.

Texte © Miss Alfie 2007

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mardi 4 septembre 2007

Balais et Compagnie XVIII

Balais_et_Compagnie18

Lorsque je repris connaissance, j’étais étendue sur mon lit, les volets à moitié clos. J’entendais des bribes de voix masculines dans la salle, mais je n’arrivais pas à distinguer de qui il s’agissait. Ma tête me faisait atrocement souffrir, et le simple fait d’ouvrir mes yeux suffit à m’inciter à rester allongée. Me souvenant peu à peu des événements, je constatai que j’étais habillée et qu’a priori, personne n’avait essayé de me violer. Encore heureux, il n’aurait plus manqué que cela au sombre tableau qui se dessinait devant moi. Une tête passa dans l’embrasure de la porte, c’était Franck.
- Alors, comment se porte la Belle au Bois Dormant ? me demanda-t-il, un petit sourire en coin.
- Mal… La Belle au Bois Dormant a une grosse migraine et ne comprend pas ce qu’il s’est passé… Où est Etienne ? m’enquis-je, inquiète du sort de mon ami.- Ne vous inquiétez pas, Etienne se repose dans sa chambre. Je sais, la méthode est un peu violente, mais c’était la seule manière de vous sortir de là, un gaz soporifique. Vous devriez dormir encore un peu, je reste là pour surveiller…
J’entendis à peine la fin de ses propos, et sombrai à nouveau dans un trou noir peuplé de rêves incongrus. Autour de moi, se disputaient des jeunes filles noires et des hommes politiques. Etienne draguait un Franck déguisé en femme de chambre et je courrai à travers des couloirs de bureaux à la poursuite de Luc.

Lorsque j’ouvris à nouveau les yeux, il faisait encore jour, mais mon réveil indiquait dix heures quatre. J’avais donc dormi depuis la veille sans interruption. Mon mal de tête semblait avoir disparu mais ma gorge était desséchée. J’attrapais la bouteille d’eau qui siégeait invariablement à la tête de mon lit et avalais une longue rasade avant de me lever. Mes cheveux étaient ébouriffés, mes yeux bouffis et mes vêtements froissés. Je m’en délestai et enfilai mon peignoir de bain, bien décidée à me rafraîchir les idées avec une bonne douche. L’appartement était silencieux. Etienne dormait encore, la porte de sa chambre ouverte. J’aperçus Franck, allongé sur le canapé, ronflant, les pieds dans le vide.

Je passai un long moment sous le jet bienfaisant, tentant de rassembler mes maigres souvenirs. J’avais passé la nuit de vendredi avec Luc. Le lendemain, hier donc, je m’étais rendue au rendez-vous proposé par Franck, qui m’avait révélé travailler au démantèlement d’un trafic d’esclaves de grande ampleur. Puis, Etienne m’avait appelé, et, pressentant les problèmes, nous étions passés chez Franck changer de voiture. Et après, plus grand-chose, si ce n’est les yeux de mes ravisseurs.

Les cheveux encore mouillés, mais bien réveillée, je retournai dans ma chambre pour m’habiller. En ouvrant les volets, j’eus le plaisir de voir que le soleil avait enfin décidé de faire une apparition. L’astre du jour daignant darder de ses rayons nos peau blanches, je choisis dans mon armoire l’une de ces petites robes à bretelles totalement inadaptées à mon travail, et que je n’avais même pas eu le plaisir de mettre depuis que l’été avait officiellement été annoncé par une fête de la musique humide. Mon téléphone portable clignotait, et quelques textos attendaient que je m’occupent d’eux.

En sortant à nouveau de ma chambre, je vis que Franck et Etienne s’étaient rassemblés dans la cuisine et que le café se préparait. Etienne vint vers moi avec une tasse de thé, sachant mon aversion pour le café au petit matin. Il me planta un bisou sur la joue, ce qu’il ne faisait jamais en temps normal.
- Eh bien, mademoiselle, on l’a échappé belle, tu le sais ?! me dit-il d’un air coquin.
- Heu… Je m’en doute, mais là, il va falloir m’expliquer ce qui s’est passé…

Texte © Miss Alfie 2007

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