lundi 3 mars 2008
Au hasard d'une gare
Les gares... C'est magnifique, une gare, c'est fantastique et mystérieux.
J'aime me poser dans une gare, dans une gare en mouvement, dans une gare pleine de monde. J'aime regarder, prendre un café, acheter un magasine que je n'achète que dans une gare. J'aime arriver en avance quand je pars en voyage, j'aime arriver en avance quand je vais attendre quelqu'un. Flâner, le nez en l'air, comme tout le monde, le regard perdu vers le grand tableau indiquant les voies d'arrivée ou de départ.
Mais je déteste les gares le dimanche soir. Je me revois, haute comme trois pommes, ne sachant pas encore lire, arriver dans cette gare qui n'existe plus, remplacée par une plus moderne, demander à mon papa s'il avait bien son sandwich, toujours, immuablement, le dimanche soir. Train direction Paris. Retour à la maison et mutisme total. Se réfugier dans la salle de bain sentir l'odeur du père manquant et parisien de semaine dans sa robe de chambre. Se blottir dans le canapé en regardant "Les petits malins" et Winnie l'Ourson. Toujours, comme un rituel, le dimanche soir. Et attendre le vendredi, le jour où l'on refera le trajet pour la gare pour aller le chercher, celui qui manque dans la semaine. Pendant plusieurs années...
Je me revois, boutonneuse, trop ronde et mal dans ma peau, à l'époque où les chemins professionnels de mon père ont failli nous envoyer à Lyon, nous faire traverser la France, et pourquoi pas nous donner un nouveau départ. Mais non, les circonstances en ont décidé autrement. Ou plutôt c'était finalement adapté, le célibat géographique peut-être. Des vendredis avec le sourire, et des dimanches soirs mutiques. Des vendredis avec un papa qui attend à la sortie du cours de chant. Des dimanches soirs dans la grande maison avec maman, qui obligé à vérifier la fin des devoirs, à regarder un peu la télé et qui finalement prend sa fille dans son lit pour lui éviter une énième insomnie.
J'aime les gares quand j'en pars pour un voyage. J'aime les gares parce que les extrêmes s'y croisent. J'aime les gares parce que des vies si différentes s'y côtoient. Mais je n'aime pas les gares quand les yeux des gens que je vois sont rouges. Je n'aime pas les gares quand on attend sur le quai le train qui marque la fin d'un week-end, qui signe le début d'une attente.
Parce que mon cerveau de fille repense à ces dimanches soirs où l'homme de la maison repartait. Alors oui, le dimanche soir, je ne parle pas beaucoup à la gare. Parce que le dimanche soir, je n'ai jamais beaucoup parlé à la gare. Juste des mots comme ça, sans importance, des mots rituel, des mots pour parler sans dire.
Pourtant, ma cocotte, va falloir que tu apprennes à causer, le dimanche soir, dans les gares !...
Texte © Miss Alfie 2008
De vous à moi...
Si j'ai bien compris ce que je lis, je dis... YOUPIIIIIIIIIII !!!! Je suis ravie pour toi, ma belle !
@ Plum' : Si t'as des doutes, lis les derniers billets, t'auras confirmation que t'as tout bien capté ! ;)
Donnez votre avis !
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=287432&pid=8179499
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :