mercredi 13 février 2008
Saint Machin Chose
Et voilà, c'est reparti ! "Pour la Saint Valentin, offrez un cadeau inoubliable, un solitaire en diamant car les diamants sont éternels !" "Pour la fête des amoureux, offrez-vous un voyage à deux dans les îles anglo-normandes !" "Mon cœur fait bing, son cœur fait bang, faisons bong au restaurant !"...
Non mais franchement, tous les ans on nous ressert la même sauce, et vive les amoureux ! Et les célibataires alors ?! Ont-ils pensé à ces pauvres malheureux qui en ce funeste jour leur rappelant leur triste condition solitaire vont se retrouver à dîner devant une assiette de pâtes en songeant à tous ces couples vidant leur compte en banque pour un dîner aux chandelles...
En attendant, tout ça n'est qu'un simulacre marchand, un truc pour donner bonne conscience à tous ces couples enlisés dans une routine qui nécessite qu'une fête commerciale leur rappelle que s'aimer, ça peut vouloir dire faire des surprises à l'autre, et leur donne l'occasion, ne serait-ce qu'une fois par an, de sortir du train train quotidien qui fait oublier à ces messieurs qu'un bouquet de fleur ou un dîner au resto sans raison particulière, ça fait bigrement plaisir, et à ces dames qu'un coup de peigne et de maquillage ne prend pas beaucoup de temps avant de sortir de la voiture pour rentrer chez soi !
Donc grosso modo, je sais pas si je suis claire, mais pour moi, la Saint Valentin, c'est bien gentil, mais pour l'instant, ça me fait juste penser à un espèce de truc obligé par lequel on se doit de passer le 14 février quand on est en couple. Comme si faire un dîner le 13 ou le 15 n'avait pas de sens... Mais qu'importe, voyons le positif, à savoir les points quintuplés surma carte de mon supermarché ce soir en raison de la fameuse Saint Valentin, sûrement pour permettre aux tendres ménagères de mitonner de bons petits plats à leurs chers et tendres... Enfin, aux dernières nouvelles, mon 14 février au soir sera occupé par le remplissage d'une valise et la finalisation des derniers machins oubliés sous le lit et au fond du placard pour le week-end. Le tout agrémenté d'un petit DVD et d'un bouquin... Avec, très certainement, un plat de pâtes !
Texte © Miss Alfie 2008
lundi 11 février 2008
Dimanche printanier
Que faire quand on déteste le dimanche ? Que faire quand cette journée morte semble la pire de la semaine, encore pire que le lundi après ses deux jours de repos, encore pire que le vendredi après sa semaine de boulot ? Que faire quand, en cette journée honie, rien n'est prévu à part du ménage, du rangement, du décrassage de vêtement et d'appartement ?
Et ben rien ! Oui, rien, et laisser les autre faire pour vous. Et c'est finalement quand on ne fait rien, quand on se résigne, quand on prévoit de rester de longues heures vautrée sur le canapé que le destin se rappelle qu'on déteste le dimanche.
C'est ainsi que samedi, en plein pot en terrasse au soleil, un Monaco dans une main et l'autre farfouillant dans l'un des cinq sacs de shopping, mon portable a fait retentir sa mélodie muzesque et m'a indiqué que la future star de la famillle cherchait à me joindre. T'es à Rennes demain ? Mais carrément, qu'on mange ensemble ! Mais carrément, qu'on a des tonnes de trucs à se raconter ! Ah, et t'as emmené Guillaume - Canet... - et Gad - Elmaleh...- ? Mais j'arrive, j'arrive !!!
Et voilà. Adieu nettoyage de la baignoire, aspirateur, serpillère et chiffon. Adieu linge à repasser, à laver, à plier. Adieu pommes à compote et viande à hachis parmentier. Et bonjour dimanche bien rempli ! Rempli, à l'inverse des rues de Rennes un dimanche midi, à l'inverse des restaurants tous fermés ! Et voilà comment après une demi-heure d'arpentage acharné de toutes les rues à restaurant du centre ville, nous avons enfin déniché la seule pizzéria du centre ville ouverte en ce sacro saint jour de repos.
Et comment, après un crochet par le nouveau TNB tout beau tout propre, nous avons remonté la pire rue de la ville pour aller fouler de nos chaussures les allées gravillonées du Thabor, parc rennais aux mille souvenirs mis en commun. De la roseraie à la volière, photos et délires en tout genre, rafales de prises de vue au bord d'un bassin à force de grimaces et de fous-rire. Et là, là, j'ai le regret de devoir dire à monsieur dimanche qu'il a loupé sa mission : pas du tout détesté mon dimanche, surtout qu'en rentrant, après avoir discuté cinéma, je me suis attrapée ce film que j'envisageais de regarder depuis quelques temps, Je vais bien ne t'en fais pas.
Il ne m'avait pas menti en me le décrivant comme superbe. Pour une fois, je n'ai pas été déçue de l'adaptation à l'écran d'un livre que j'ai beaucoup aimé. Et pour une fois, j'ai eu les yeux rouges toute la soirée... C'est émouvant, c'est parfois drôle, c'est poignant, et ça termine bien un dimanche plein de soleil, avec un faux air de printemps, où l'on porte ses nouvelles bottes même dans l'appartement, parce que vraiment, elles sont trop confortables !!!
Et un dimanche où l'on se dit qu'on tient le bon bout, et qu'avec un peu de chance, les prochains jours vont passer à une vitesse raisonnable, suffisamment vite pour que l'impatience grandissante s'endorme et s'apaise, mais suffisamment doucement pour que l'on ai le temps de faire tout un tas de petits trucs qu'une fille veut à tout prix faire dans ces cas là, comme refaire trois fois la valise pour 48 heures parce que voilà, une fille, ça voyage pas léger !...
Texte © Miss Alfie 2008
jeudi 7 février 2008
Toi...
" A l'intérieur du jonc il a fait graver "Toi". Juste ce mot, qu'il utilise souvent pour s'adreser à Peggy - "Bonjour, Toi", "Au revoir, Toi", a-t-il coutume de lui dire pour la saluer, ou "Allo, Toi ?" quand il lui téléphone. Toi, apostrophe réservée uniquement à Peggy, pronom personnel saturé de désir et chargé d'une grandeur qui n'exclut pas cependant une part de dérision à l'égard de lui-même, Magnus, de moquant de sa propre allégresse amoureuse. "
Sylvie Germain, Magnus, p. 204, édition Folio, 2007.
mercredi 6 février 2008
Ne rien faire...
Ne rien faire. Et en avoir conscience.
Profiter du fait de ne rien fait. Être dans cette inactivité. La respirer, l'absorber.
Ouvrir la fenêtre sur le soleil de ce début de février. Ouvrir et écouter. Quelques bruits indistincts, les travaux du rond-point voisin, asourdis par les mètres qui m'en séparent. Des oiseaux qui pépient. Des voitures, au loin.
S'allonger sur le lit. S'enfoncer dans le moelleux de la couette. Le dos contre le tissu à carreaux multicolores, replier les jambes, ne faire qu'une boule. Sentir la pression des genoux sur la poitrine. Et fermer les yeux.
Écouter le silence. Écouter les oiseaux. Sentir l'air de la pièce se rafraîchir. Percevoir une luminosité solaire à travers le rideau des paupières. On se croirait presque en été, un début de soirée, quand je jour décline doucement. Une voiture arrive, se gare. Quelqu'un coupe le moteur. Une portière et des pas, des talons qui claquent sur le bitume. Puis à nouveau le silence. L'air. La lumière.
Profiter d'une journée de congé. Avoir l'impression de ne rien faire, mais pourtant vivre. Repenser au restaurant universitaire, au brouhaha du midi même, aux souvenirs qu'il dégage. Revoir tous les RU connus.
Celui de Paris, en voyage scolaire, en troisième... ou en seconde, près du Val de Grâce... La mémoire flanche, pas moyen de retrouver son nom.
Celui de la fac de droit, fréquenté le temps de réaliser l'erreur d'orientation, la phobie des amphis, deux semaines à peine.
Celui de Villejean, le plus connu. Celui de trois années à y déjeuner tous les midis de la semaine. Celui des cafés pas très bons à la cafétéria, des discussions brisées par la pendules dont les aiguilles se rapprochaient souvent trop vite de treize heures trente, des révisions de dernière minute.
Celui du Champs de Mars, peu fréquenté, peu de souvenirs, mais des repas de midi les jours de congé en stage, des retrouvailles avec l'amie éloignée par la vie, le RU ni beau ni bon.
Celui de Caen, un seul repas, aube d'un week-end, échec et mat.
Celui de la fac d'éco, avec ses souvenirs vierges, un RU comme un autre, le RU de ce midi, un RU plein d'étudiants parlant français, espagnol ou anglais, un petit RU toujours complet où l'on guette les plateaux presque terminés, où l'on avale sa dernière bouchée en mettant son manteau pour laisser la place aux estomacs affamés suivants.
Des souvenirs, et puis maintenant.
Maintenant, le stylo qui court de plus en plus vite sur la feuille blanche, embarqué au fil des pensées, cherchant à ne pas en semer une seule.
Maintenant, la fenêtre fermée et le soleil qui se cache peu à peu derrière les immeubles d'en face.
Maintenant, le grattement de la bille du roller sur la feuille. Le réfrigérateur et le congélateur qui ronronnent, et le réveil qui égrène les secondes.
Parfois, un moteur assourdi par le double vitrage. Ne pas entendre, ne pas savoir, ne pas connaître l'autre, le voisin. Chacun chez soi. Discrétion et individualisme.
Se rendre tout à coup compte de l'ordinateur qui ronronne sa veille. Une photo sur l'écran, trop loin pour être nette.
Repenser à cet ordi, à ces liens qu'il permet de tisser, d'un bout à l'autre du pays. Ordi sourire, ordi soucis.
Repenser à ces mots qui s'alignent sur l'écran au gré d'une touche "Entrée".
Repenser à la distance, obstacle invisible qui impliquera peut-être des choix, mais peut-être aussi des projets... Des points d'interrogation pour l'instant... Un flou artistique, moi sans mes lunettes, myopie à distance, se rapprocher pour préciser les contours.
Et du coup repenser au futur week-end. Prévoir d'occuper le temps d'ici là, courses, ménage, repassage. Demain le boulot, rappeler les copains. Vendredi soir, la raclette. Anticiper pour occuper. Réaliser que le temps file. Plus vite qu'on ne l'espérait. Trop vite peut-être. Car on sait qu'on ne pourra l'arrêter quand le temps attendu sera enfin là. Peur. Peur de décevoir, peur de rater, une fois de plus.
Un oiseau passe devant la fenêtre. Sa silhouette se découpe sur le mur beige de l'immeuble d'en face. Des volets sont encore fermés. Les occupants ont dû partir tôt ce matin. Mais ouvrir malgré tout les volets. Pour les absents, pour réchauffer, pour éclairer. Ouvrir les volets pour avoir l'impression que l'on vit, là, ici.
Le jour décline. Le soleil forme un halo au dessus du toit plat de l'immeuble d'en face.
Soleil de février. Soleil qui réchauffe l'âme et le coeur. Soleil d'une saison qui s'étire pour bientôt laisser place au printemps. Bientôt, les fleurs dans les champs, touches jaunes, rouges, violettes ou blanches sur les talus.
Mais pour l'heure, nous sommes le mercredi 6 février. Il est 23h21 à l'horloge de l'ordinateur. L'heure d'arrêter la retranscription de ma prose. L'heure de rejoindre le jour qui viendra avec le sommeil.
Texte © Miss Alfie 2008
lundi 4 février 2008
La fin et le début
Mon grand-père est mort.
Un peu brut de décoffrage comme annonce.
J'aurai pu dire "papi est parti". Non. Mon grand-père est mort.
Il est mort. Froid. Inerte. Il n'est plus.
Le père de ma mère. Pas mon papi. Mon grand-père.
Un homme pour qui je n'éprouve pas de chagrin.
Un homme qui, à mes yeux, n'a jamais rien fait d'autre que semer la zizanie, créer des conflits, imposer sa vision des choses au monde entier.
Mon grand-père est mort. Demain soir, il reposera dans sa dernière demeure, comme on dit quand on est aimable. Moi, je dirai que demain soir, il sera au cimetière. Enterré. Dans une boîte en bois.
Mais avant. Avant, il y aura l'enterrement, les obsèques. Cette cérémonie pleine d'hypocrisie où sa générosité, son ordre, sa déontologie, son humour vont être célébrés. Une cérémonie où l'on encensera un homme dont la mort me touche moins que celle de certains patients. Une cérémonie où les pleurs des autres risquent malgré moi de faire monter des larmes à mes yeux qui espèrent rester secs.
Témoigner ne serait-ce qu'une once de chagrin pour lui m'angoisse. Je ne veux pas pleurer. Je ne veux pas que l'on s'imagine que je l'aimais.
Demain, il faudra affronter des cousins larmoyants car proches de lui. Il faudra rester en place dans une église froide, vêtue de vêtements sombres quand je voudrai mettre du rouge. Un rouge feu, pour évoquer ma révolte contre cet homme qui a menti. Longtemps. Trop longtemps. Des mensonges que je n'oublierai pas. Des mensonges qui ont fait du mal à sa propre fille, à la chair de sa chair, à ma propre mère.
Demain, il faudra ne pas revivre en songes l'enterrement de mes autres grands-parents, de mes vrais papis et mamies. De ceux que j'aimais comme une petite fille, qui me donnaient des sucreries et me prenaient sur leurs genoux. Il faudra y aller comme on va à un rendez-vous quelconque. Ne pas angoisser. Essayer de détendre les muscles du dos qui manifestent ma colère interne.
Mon grand-père est mort. Et sa mort sonne la fin d'une époque. Et sa mort sonne le début d'une époque.
Texte © Miss Alfie 2008
Ecrire, parler, partager
Ciel bleu au départ de Rennes. Soleil dans les yeux, un air de printemps.
Filer le long de la bande noire qui s'étire dans la campagne, bifurquer et rejoindre une petite route en creux et bosses.
Dans le coffre de la voiture, le sac à dos avec le rechange pour la nuit, un duvet, des livres, des cahiers, et de quoi boire et manger.
A l'arrivée, une Vilaine bouillonnante qui assourdit, un soleil éclatant qui éblouit, un gîte frissonnant qui engourdit.
Prendre ses marques. Songer aux camélias de mamie en voyant le bouquet sur la table.
Écouter, encore et encore. Parler. Penser. Écrire. Voir. Dire. Sentir. Exprimer.
Parler de soi, des autres, de la vie, de livres. Évoquer la complexité des mots. Chercher comment dire l'indicible, comment dire quand on ne trouve pas le mot juste.
Appréhender la consigne, ne pas se sentir à la hauteur. Virginia Woolf, une référence, une écrivain particulière. Un style à comprendre, à imiter. Rentrer dans un mode de pensée, dans une manière d'écrire, et refaire.
Tenter de créer une atmosphère, de l'eau, des sons, des sensations, des papillons qui entraînent d'une idée à l'autre.
Partager. Encore et encore.
Partager nos créations. Partager nos coups de coeur littéraires. Partager des rires. Partager un verre de vin. Partager des angoisses. Partager des peines. Partager des espoirs. Se partager, s'ouvrir et se dévoiler.
Au hasard d'une bûche qui tombe dans l'âtre. Au hasard d'une alarme incendie intempestive. Au hasard d'une cigarette dans le froid. Au hasard d'un café sur la table en bois.
24 heures dans une bulle.
24 heures avec des mots.
24 heures avec de l'encre noire sur les doigts et sur les feuilles du cahier neuf.
24 heures pour se vider et retrouver le tourbillon infernal du quotidien.
Texte © Miss Alfie 2008