jeudi 28 février 2008
Sacrilège !!!
Le Breton est un fin gastronome. Certes, pas autant que le Lyonnais avec sa cervelle de canut, son tablier de sapeur et son saucisson brioché. Mais quand même. Il faut savoir que le Breton est gourmand et aime bien manger. Et je vous mets au défit de me trouver un Breton pur beurre qui vous dira le contraire !
Parce qu'en Bretagne, on en a, des traou mad ! Et que ceux qui ne comprennent pas le sens de traou mad sachent que cela signifie "bonnes choses" en breton, la langue locale !!! Bien évidemment, je vous épargnerai les crêpes et les galettes, emblèmes culinaires par excellence de notre contrée en dehors de ses frontières. Mais je tiens à mettre en garde tous ceux et celles qui, résidant sous le soleil, dans les montagne ou sur le plat pays : il n'y a qu'en Bretagne que vous dégusterez de véritables galettes de blé noir et de délicieuses crêpes de froment, foi de Bretonne ayant expérimenté les crêperies pendant ses vacances et qui ne le refera plus jamais !
Après, quand on vient en Bretagne, on n'échappe rarement aux traditionnels fruits de mer, coquilles Saint Jacques et autres crustacés à la chair se dégustant croulant sous une mayonnaise maison faite par la grand mère. Bon, ça, je vous l'accorde, faut aimer. D'ailleurs, me concernant, les moules, c'est une fois par an en pleine saison, et dans un restaurant certifié conforme aux exigences locales, histoire de pas finir la journée la tête dans la cuvette des WC. A l'inverse, ne me mettez surtout pas devant les yeux les mollards de tuberculeux que sont les huîtres : jamais, au grand jamais, je ne pourrai ne serait-ce qu'imaginer avaler ces choses visqueuses et salées ! En revanche, si l'idée vous prend de m'offrir des langoustine, ou une langoustines - le homard n'étant pas le meilleur plan pour des raisons de mue que je pourrai développer aux intéressés -, n'oubliez pas la précédemment citée mayonnaise de mamie et le pain noir qui me fera un repas parfaitement parfait !
Mais ce que je voulais évoquer ce matin, c'est l'affaire de l'ingrédient de base de la cuisine bretonne, ce qui permet de transformer une simple pomme de terre en un festin de chef, et sans quoi le kouign amann serait un simple bout de pâte feuilletée desséchée. Oui, je veux parler du beurre. Cette motte jaune qui trône dans tous les frigos bretons et sans laquelle nous sommes évidemment perdus... Mais non, cette motte jaune n'est pas la même qu'ailleurs. Car notre motte, notre beurre, est salé ! Oui, avec des cristaux de sel qui suintent quand on le sort du frigo parfois. Notre beurre est salé, et étalé sur une tartine de pain frais, donne un petit goût incomparable à la confiture qu'il va supporter. Notre beurre est salé, et nos gâteaux ont ce petit goût que les étrangers trouvent bizarre mais qui nous manquent dès que l'on sort de nos frontières.
Alors imaginez, le Breton en vacances, quand, à la table du petit déjeuner à l'hôtel ou chez ses hôtes, une motte de beurre lui fait de l'oeil, qu'il se rue dessus, qu'il l'étale sur tout ce qu'il trouve sous la main, du croissant au pain rassît, et qu'il croque dedans, les papilles en alerte, cherchant ce petit goût salé qui, forcément, ne vient pas, et lui donne l'impression d'avaler une tartine graissée d'huile sans saveur... A ce propos, sachez que depuis que la chose m'est arrivée une fois il y a de nombreuses années, je me contente de confitures dès que je passe le péage de La Gravelle, réservant mon plaisir de la tartine grillée au beurre fondant dessus à mon retour au bercail...
Vous comprendrez donc rapidement que ce que j'ai fait hier soir, en remplissant mon caddie au supermarché du coin, tandis que le ciel déversait sur le parking des seaux d'eau accompagnant parfaitement les spécialités suscitées, s'apparente pour tout Breton à un sacrilège, une hérésie, un adultère en règle : j'ai acheté du beurre doux... Oui, je l'avoue, dans mon frigo se repose une petite plaquette de beurre doux, celle avec l'écriture rouge au lieu de l'écriture verte, et que j'ai mis dix bonnes minutes à trouver...
Et tout ça parce qu'il existe des gens qui préfèrent le beurre doux... Et qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour leur prouver qu'en Bretagne, même si on mange tout salé, on sait aussi faire en sorte que les "étrangers" aient envie de venir, de revenir, et de rester !...
Texte © Miss Alfie 2008
