Les crumbles de Miss Alfie

Des crumbles de vie, des goûters de petits bonheurs, des repas de petits plaisirs...

mercredi 6 février 2008

Ne rien faire...

Ne rien faire. Et en avoir conscience.
Profiter du fait de ne rien fait. Être dans cette inactivité. La respirer, l'absorber.

Ouvrir la fenêtre sur le soleil de ce début de février. Ouvrir et écouter. Quelques bruits indistincts, les travaux du rond-point voisin, asourdis par les mètres qui m'en séparent. Des oiseaux qui pépient. Des voitures, au loin.

S'allonger sur le lit. S'enfoncer dans le moelleux de la couette. Le dos contre le tissu à carreaux multicolores, replier les jambes, ne faire qu'une boule. Sentir la pression des genoux sur la poitrine. Et fermer les yeux.

Écouter le silence. Écouter les oiseaux. Sentir l'air de la pièce se rafraîchir. Percevoir une luminosité solaire à travers le rideau des paupières. On se croirait presque en été, un début de soirée, quand je jour décline doucement. Une voiture arrive, se gare. Quelqu'un coupe le moteur. Une portière et des pas, des talons qui claquent sur le bitume. Puis à nouveau le silence. L'air. La lumière.

Profiter d'une journée de congé. Avoir l'impression de ne rien faire, mais pourtant vivre. Repenser au restaurant universitaire, au brouhaha du midi même, aux souvenirs qu'il dégage. Revoir tous les RU connus.
Celui de Paris, en voyage scolaire, en troisième... ou en seconde, près du Val de Grâce... La mémoire flanche, pas moyen de retrouver son nom.
Celui de la fac de droit, fréquenté le temps de réaliser l'erreur d'orientation, la phobie des amphis, deux semaines à peine.
Celui de Villejean, le plus connu. Celui de trois années à y déjeuner tous les midis de la semaine. Celui des cafés pas très bons à la cafétéria, des discussions brisées par la pendules dont les aiguilles se rapprochaient souvent trop vite de treize heures trente, des révisions de dernière minute.
Celui du Champs de Mars, peu fréquenté, peu de souvenirs, mais des repas de midi les jours de congé en stage, des retrouvailles avec l'amie éloignée par la vie, le RU ni beau ni bon.
Celui de Caen, un seul repas, aube d'un week-end, échec et mat.
Celui de la fac d'éco, avec ses souvenirs vierges, un RU comme un autre, le RU de ce midi, un RU plein d'étudiants parlant français, espagnol ou anglais, un petit RU toujours complet où l'on guette les plateaux presque terminés, où l'on avale sa dernière bouchée en mettant son manteau pour laisser la place aux estomacs affamés suivants.

Des souvenirs, et puis maintenant.
Maintenant, le stylo qui court de plus en plus vite sur la feuille blanche, embarqué au fil des pensées, cherchant à ne pas en semer une seule.
Maintenant, la fenêtre fermée et le soleil qui se cache peu à peu derrière les immeubles d'en face.
Maintenant, le grattement de la bille du roller sur la feuille. Le réfrigérateur et le congélateur qui ronronnent, et le réveil qui égrène les secondes.
Parfois, un moteur assourdi par le double vitrage. Ne pas entendre, ne pas savoir, ne pas connaître l'autre, le voisin. Chacun chez soi. Discrétion et individualisme.

Se rendre tout à coup compte de l'ordinateur qui ronronne sa veille. Une photo sur l'écran, trop loin pour être nette.
Repenser à cet ordi, à ces liens qu'il permet de tisser, d'un bout à l'autre du pays. Ordi sourire, ordi soucis.
Repenser à ces mots qui s'alignent sur l'écran au gré d'une touche "Entrée".
Repenser à la distance, obstacle invisible qui impliquera peut-être des choix, mais peut-être aussi des projets... Des points d'interrogation pour l'instant... Un flou artistique, moi sans mes lunettes, myopie à distance, se rapprocher pour préciser les contours.
Et du coup repenser au futur week-end. Prévoir d'occuper le temps d'ici là, courses, ménage, repassage. Demain le boulot, rappeler les copains. Vendredi soir, la raclette. Anticiper pour occuper. Réaliser que le temps file. Plus vite qu'on ne l'espérait. Trop vite peut-être. Car on sait qu'on ne pourra l'arrêter quand le temps attendu sera enfin là. Peur. Peur de décevoir, peur de rater, une fois de plus.

Un oiseau passe devant la fenêtre. Sa silhouette se découpe sur le mur beige de l'immeuble d'en face. Des volets sont encore fermés. Les occupants ont dû partir tôt ce matin. Mais ouvrir malgré tout les volets. Pour les absents, pour réchauffer, pour éclairer. Ouvrir les volets pour avoir l'impression que l'on vit, là, ici.

Le jour décline. Le soleil forme un halo au dessus du toit plat de l'immeuble d'en face.
Soleil de février. Soleil qui réchauffe l'âme et le coeur. Soleil d'une saison qui s'étire pour bientôt laisser place au printemps. Bientôt, les fleurs dans les champs, touches jaunes, rouges, violettes ou blanches sur les talus.

Mais pour l'heure, nous sommes le mercredi 6 février. Il est 23h21 à l'horloge de l'ordinateur. L'heure d'arrêter la retranscription de ma prose. L'heure de rejoindre le jour qui viendra avec le sommeil.

Texte © Miss Alfie 2008

Scribouillé par Miss Alfie à 23:24 - Douceurs ou déboires... ou l'inverse - De vous à moi... [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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