Les crumbles de Miss Alfie

Des crumbles de vie, des goûters de petits bonheurs, des repas de petits plaisirs...

dimanche 7 octobre 2007

Du jour au lendemain...

Du_jour_au_lendemain

Un jour, on se lève en râlant. On se prépare, on boit le thé du matin, on part travailler en sachant que la journée ne sera pas trop chargée. On discute avec les collègues, on s'apprivoise, on se découvre, on s'apprend. On transforme son travail généralement administratif en montant des meubles, en faisant un peu de ménage et de décoration. On s'essaye au réglage du fauteuil du bureau pour finalement opter pour une chaise pliante devant la complexité de l'engin et l'impossibilité de s'y tenir assis normalement. On rentre à la fin de la journée, on passe sa soirée devant la télévision, voyageant en Egypte avant de retrouver Morphée.

Le lendemain de ce jour-là, on se lève, innocent et souriant, on se prépare et on espère avoir enfin le meuble manquant dans la cuisine. On fait taxi, on râle parce que l'accompagnante-bricoleuse a "oublié" la virée ameublement. On trouve ça un peu bizarre... On oublie, on retrouve le troisième compère dans le petit restaurant déjà bruyant.
Et puis d'un coup, le silence qui se fait dans le lieu. Ou plutôt les battements de coeur dans les oreilles qui étouffent le brouhaha ambiant. On fixe un point devant soi, la poubelle à verre, celle avec le coeur rose. On boit une gorgée d'eau pétillante, comme si le liquide allait virer la grosse boule qui vient de s'installer dans la gorge et effacer l'eau qui remplit les yeux sans qu'on ait le temps de la repousser. Les joues se mouillent trop vite tandis que les mots que l'on vient d'entendre frappent le cerveau. Et puis le bruit qui reprend, en même temps que les sons commencent à ressortir de la bouche. On reprend le cours de la journée, d'une journée au milieu d'une vie complètement chamboulée en un mot... ou en deux...

"Cancer du sein"

On repart dans la vie, avec cette nouvelle au fond du sac à main, au fond du coeur, au fond de l'âme. On réfléchit vite, très vite, trop vite. On prépare, on envisage, on se rassure, on brasse de l'air face à l'ennemi invisible. On bouleverse son emploi du temps, on revoit ses priorités, on attend le soir pour se laisser aller, on en parle aux amis les plus proches, on lit leur soutien dans leurs sourires, on sait qu'ils sont là, on sait qu'ils pardonneront de ne pas danser à la prochaine soirée en date, qu'ils comprendront la nécessité de remettre une virée shopping en ville parce qu'il y a les courses alimentaires à faire.

Et puis on regarde autour de soi. Combien d'entre elles savent ce que c'est ? Combien d'entre elles vont connaître ce crabe malin ? Ou l'ont connu ? Une sur dix, disent les statistiques. Plus leur entourage, plus leur famille, leurs ami(e)s, leurs enfants...
Et puis on apprend les chances de guérison, les espoirs que l'on peut nourrir. On s'étonne de la force de celle qui se sait visée par la saloperie. On l'admire, on l'aime... Encore plus... On veut la protéger, on veut l'aider à se battre, on prépare la bataille, on monte la muraille, on entraîne les armées, on rassemble les troupes... Parce que la guerre sera longue, mais qu'on la mènera à trois... au moins...

Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 09:45 - Moi... par moi... - De vous à moi... [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1