mardi 4 septembre 2007
Balais et Compagnie XVIII
Lorsque je repris connaissance, j’étais étendue sur mon lit, les volets à moitié clos. J’entendais des bribes de voix masculines dans la salle, mais je n’arrivais pas à distinguer de qui il s’agissait. Ma tête me faisait atrocement souffrir, et le simple fait d’ouvrir mes yeux suffit à m’inciter à rester allongée. Me souvenant peu à peu des événements, je constatai que j’étais habillée et qu’a priori, personne n’avait essayé de me violer. Encore heureux, il n’aurait plus manqué que cela au sombre tableau qui se dessinait devant moi. Une tête passa dans l’embrasure de la porte, c’était Franck.
- Alors, comment se porte la Belle au Bois Dormant ? me demanda-t-il, un petit sourire en coin.
- Mal… La Belle au Bois Dormant a une grosse migraine et ne comprend pas ce qu’il s’est passé… Où est Etienne ? m’enquis-je, inquiète du sort de mon ami.
J’entendis à peine la fin de ses propos, et sombrai à nouveau dans un trou noir peuplé de rêves incongrus. Autour de moi, se disputaient des jeunes filles noires et des hommes politiques. Etienne draguait un Franck déguisé en femme de chambre et je courrai à travers des couloirs de bureaux à la poursuite de Luc.
Lorsque j’ouvris à nouveau les yeux, il faisait encore jour, mais mon réveil indiquait dix heures quatre. J’avais donc dormi depuis la veille sans interruption. Mon mal de tête semblait avoir disparu mais ma gorge était desséchée. J’attrapais la bouteille d’eau qui siégeait invariablement à la tête de mon lit et avalais une longue rasade avant de me lever. Mes cheveux étaient ébouriffés, mes yeux bouffis et mes vêtements froissés. Je m’en délestai et enfilai mon peignoir de bain, bien décidée à me rafraîchir les idées avec une bonne douche. L’appartement était silencieux. Etienne dormait encore, la porte de sa chambre ouverte. J’aperçus Franck, allongé sur le canapé, ronflant, les pieds dans le vide.
Je passai un long moment sous le jet bienfaisant, tentant de rassembler mes maigres souvenirs. J’avais passé la nuit de vendredi avec Luc. Le lendemain, hier donc, je m’étais rendue au rendez-vous proposé par Franck, qui m’avait révélé travailler au démantèlement d’un trafic d’esclaves de grande ampleur. Puis, Etienne m’avait appelé, et, pressentant les problèmes, nous étions passés chez Franck changer de voiture. Et après, plus grand-chose, si ce n’est les yeux de mes ravisseurs.
Les cheveux encore mouillés, mais bien réveillée, je retournai dans ma chambre pour m’habiller. En ouvrant les volets, j’eus le plaisir de voir que le soleil avait enfin décidé de faire une apparition. L’astre du jour daignant darder de ses rayons nos peau blanches, je choisis dans mon armoire l’une de ces petites robes à bretelles totalement inadaptées à mon travail, et que je n’avais même pas eu le plaisir de mettre depuis que l’été avait officiellement été annoncé par une fête de la musique humide. Mon téléphone portable clignotait, et quelques textos attendaient que je m’occupent d’eux.
En sortant à nouveau de ma chambre, je vis que Franck et Etienne s’étaient rassemblés dans la cuisine et que le café se préparait. Etienne vint vers moi avec une tasse de thé, sachant mon aversion pour le café au petit matin. Il me planta un bisou sur la joue, ce qu’il ne faisait jamais en temps normal.
- Eh bien, mademoiselle, on l’a échappé belle, tu le sais ?! me dit-il d’un air coquin.
- Heu… Je m’en doute, mais là, il va falloir m’expliquer ce qui s’est passé…
Texte © Miss Alfie 2007
