Les crumbles de Miss Alfie

Des crumbles de vie, des goûters de petits bonheurs, des repas de petits plaisirs...

samedi 1 septembre 2007

Balais et Compagnie XVII

Balais_et_Compagnie17

Je n’eus pas le temps de me rendre compte de ce qu’il se passait, que déjà je me trouvais assise à côté d’Etienne qui semblait inquiet malgré son apparente décontraction. Face à nous, deux hommes au visage masqué et vêtus de noir auraient parfaitement pu jouer dans le dernier thriller à la mode. Ils ne braquaient aucune arme à feu sur nous, mais la simple vue de leurs couteaux me fit accepter par avance n’importe laquelle de leurs conditions et de leurs exigences.
Le plus grand des deux pris la parole d’une voix très grave.
- Bon, maintenant que tu es là, jolie cocotte, tu vas nous faire le plaisir de nous dire où tu as planqué les documents que tu as piqués l’autre soir chez Kovinsky... Sinon, ton joli copain et toi, vous risquez sérieusement de passer un sale quart d’heure...

Certes, j’avais entendu plus d’une fois ce genre de répliques et lu moult réponses variables, mais bizarrement, tout à coup, je n’avais aucune envie de fanfaronner ni même de les provoquer. Je me contentai donc d’ânonner d’une voix monocorde dans laquelle je tentais de dissimuler ma frayeur la réponse que je récitais depuis ces jours derniers.
- Ce n’est pas moi... Lorsque j’ai quitté le cabinet de Kovinsky mercredi soir, il y avait un homme qui m’a dit être là pour réviser la climatisation. Je suis partie, croyant qu’il avait le code pour l’alarme. Mais ce n’est pas moi qui ai volé les documents...
- Ah oui ? Et qu’est-ce qui nous le prouve, saloperie ? me hurla le plus petit, en me giflant.
- Moi ! Je vous le jure ! Sinon, je vous les aurai donné !
- Et en plus elle répond ?! lança le plus grand en me giflant sur l’autre joue.

Mes joues me brûlaient. Je commençais à réaliser le pétrin dans lequel je m’étais malencontreusement fourrée sans le vouloir. Franck avait bien raison, ces gars-là n’étaient pas des enfants de choeur. Les deux hommes se retirèrent dans le couloir, sans doute pour voir ce qu’ils allaient faire de nous. J’étais persuadée que c’étaient ceux-là même qui avaient mis notre appartement à sac la veille, pour retrouver ces fameux documents. Je me demandais ce que faisait Franck. Il devait bien se douter que nous ne prenions pas le thé avec nos ravisseurs. Alors pourquoi ne revenait-il pas avec du renfort ? Pourquoi n’était-il pas parti prévenir la police ?
Les deux hommes revinrent dans la pièce et je sentis mon coeur battre un peu plus fort. Surtout, respirer lentement, ne pas leur montrer que l’angoisse m’étreint. Ils devaient bien se douter que le type avec moi ne resterait pas les bras croisés à attendre que ces charmants messieurs veuillent bien le laisser passer. Il fallait à tout prix que Franck soit plus rapide qu’eux, sinon c’en était fini de nous... A moins qu’ils ne décident de nous garder au cas où nous leur aurions menti, au cas où notre mémoire nous revienne tout à coup et avec, l’emplacement des documents jamais possédés.

Je me concentrais sur ces pensées, histoire de ne pas observer nos tortionnaires qui venaient d’allumer une cigarette. On ne voyait rien de leur visage, si ce n’est leur forme, allongée pour l’un, plutôt carrée pour l’autre. La cagoule du plus grand des deux laissait apercevoir une paire d’yeux vairons, chose assez rare pour que je la remarque. L’autre avait des yeux marrons on ne peut plus ordinaires, mais de grands cils que beaucoup de filles lui auraient envié en d’autres circonstances.

C’est alors que je me rendis compte que la pièce devenait de plus en plus floue, que les meubles commençaient à tourner autour de moi, et que les paupières de mon compagnon d’infortune papillonnaient dangereusement. Quelques secondes plus tard, le noir complet m’engloutissait.

Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 12:00 - Balais et Compagnie - De vous à moi... [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1