Les crumbles de Miss Alfie

Des crumbles de vie, des goûters de petits bonheurs, des repas de petits plaisirs...

samedi 25 août 2007

Balais et Compagnie XV

Balais_et_Compagnie15

Tandis que nos cafés arrivaient, Franck poursuivit son récit. Le restaurant était toujours aussi désertique, et je commençais à penser que le choix de mon compagnon n’avait pas été anodin. Aucune table n’était occupée dans les parages, personne ne pouvait nous entendre, la discrétion semblait assurée. Peut-être même plus qu’à son bureau… Qui sait…
- Lorsque nous habitions en Afrique, mes parents recevaient régulièrement des diplomates français et étrangers lors de réception auxquelles nous pouvions assister, avec mes deux frères, à condition d’être sages et de rester discrets. C’était pour nous l’occasion de laisser traîner nos oreilles et de tenter de comprendre ce qui se tramait dans les couloirs, à l’écart des discussions officielles.
« C’est ainsi qu’un soir, mon plus jeune frère m’a fait signe de le rejoindre. Il était installé sur le balcon qui faisait le tour de la maison, caché derrière l’une de ces plantes vertes envahissante que ma mère aimait tant et que nous avons bénis ce soir-là. De l’autre côté, des voix sortaient du bureau de notre père. Nous avons reconnu la sienne, bien évidemment, ainsi que deux autres voix masculines appartenant à deux directeurs de société avec qui mon père travaillait régulièrement. L’échange portait sur la sortie du pays de deux jeunes filles de la ville qui travaillaient chez ces deux hommes. Leur contrat ici était terminé, et ils souhaitaient les ramener avec eux en France. Ils sollicitaient mon père qui travaillait dans une société de transport maritime pour qu’il fasse passer les jeunes filles dans l’un des prochains convois. Je savais mon père honnête, et il refusa aux hommes ce service, malgré la grosse somme d’argent qui lui était offerte. Mon frère et moi, nous retenions notre respiration, incrédules. Les deux hommes avaient expliqué qu’une fois en France, ils obtiendraient un titre de séjour pour leurs domestiques, car c’est ainsi qu’ils les appelaient, et pourraient leur trouver un travail rapidement. Ce à quoi mon père avait répliqué qu’il connaissait les magouilles qui existaient, que jamais elles n’obtiendraient de papiers et qu’elles n’auraient que le droit de travailler et de se taire, et que de ce fait, il refusait tout net. Les deux hommes se sont fâchés et ont menacés mon père de représailles s’il parlait.
« Quelques jours plus tard, notre voiture a été incendiée. Ensuite, c’est la maison qui a été cambriolée, sans que rien ne soit volé. On ne nous faisait jamais de mal, mais il fallait nous faire peur pour que nous tenions notre langue. L’atmosphère devenant de plus en plus étouffante, ma mère profita de mon retour en France pour rentrer avec mes deux frères. Mon père avait choisi de rester quelques mois de plus, le temps de finaliser le projet sur lequel il travaillait, avant de venir nous rejoindre. Hélas, il n’est jamais monté dans son avion, sa voiture ayant explosé sur le chemin de l’aéroport. Quelques jours plus tard, un paquet arriva au domicile de ma mère. Il avait été posté par mon père quelques jours avant son retour. Il lui expliquait qu’il craignait de ne pas arriver en France mais qu’il espérait que l’un d’entre nous pourrait poursuivre son combat.
« Après un mini conseil de famille, nous décidâmes d’étudier tous ensemble les documents contenus dans le colis avant de les ranger dans un endroit secret. Il y avait la liste des diplomates ayant fait appel à sa société pour des transports « d’objets vivants » ainsi que c’était indiqué, les sommes versées à cette occasion, et quelques enregistrements audio réalisés par mon père au cours de ses derniers mois. Il en était convaincu : rares étaient ceux qui rentraient en France sans ramener un souvenir vivant d’Afrique dans leurs bagages pour améliorer leur quotidien…

Je n’en revenais pas. Franck était en train de me parler d’un trafic d’esclaves de grande ampleur. Rapidement, je calculais que cela devait faire une bonne douzaine d’années qu’il connaissait son existence et qu’ils n’avaient rien dit, ni lui ni aucune autre personne concernée. J’étais en train de lui faire part de mon indignation lorsqu’Etienne m’appela.

Texte © Miss Alfie 2007

Scribouillé par Miss Alfie à 12:00 - Balais et Compagnie - De vous à moi... [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

De vous à moi...

Etienne, Etienne Etienne, oh tu le tiens bien ton scénario.
des bizettes

Réaction de Mélina LOUPIA, samedi 25 août 2007 à 12:04

Vas-y Franky, vas-y... ! Mélina a raison, vivement demain !

Réaction de Plum', lundi 27 août 2007 à 17:25

@ Mélina : J'espère en tout cas !!! :p

@ Plum' : Alors à demain Plum' ! ;)

Réaction de Miss Alfie, lundi 27 août 2007 à 20:35

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