Les crumbles de Miss Alfie

Des crumbles de vie, des goûters de petits bonheurs, des repas de petits plaisirs...

jeudi 17 mai 2007

Mille neuf cent quatre-vingt-onze

Mille_neuf_cent_quatre_vingt_onze

Juillet 1991. J’ai huit ans. J'ai commencé la chorale en janvier. L’école est à peine terminée que je monte dans le bus avec ma valise marron que maman a consciencieusement remplie pour partir en camp chantant... Elle a mis la liste de tous mes vêtements, elle a tout étiqueté à mon nom. Je sens bien que mes parents sont plus tristes que moi de cette séparation. Je suis leur bébé, leur fille unique, il ne faudrait pas qu’il m’arrive quelque chose... 3 semaines en Auvergne... C'est long, c'est loin...
Dans mon sac à dos, j’ai mon pique-nique et un livre. Mais en fait, je ne vais pas lire pendant le trajet, parce qu’on papote avec les copines, on regarde des films, on dort, et puis aussi on chante, mais pas trop fort, sinon notre chef de chœur nous gronde.

Sur place, on ne campe pas vraiment, même si on est en camp. On dort dans de grands dortoirs. Il y a plus de filles que de garçons. Il y a des équipes que les monos ont constituées, avec des gars et des filles, des grands et des petits, et on tourne tous les jours pour laver la vaisselle, balayer le réfectoire, les dortoirs, mettre la table ou encore nettoyer les sanitaires. Cette tâche-là d’ailleurs, je l’aime bien ! Surtout quand il faut frotter avec la crème à récurer dans la douche, les pieds dans l’eau. Du coup, les grands me laissent faire et s’amusent à m’arroser les jambes en rinçant avec le grand tuyau.
Au milieu de la salle de bain, il y a un grand lavabo très long, comme on en voit encore dans les vieux films. Je crois que c’était un collège avec internat. Je ne sais plus trop. Mais le matin, on répète dans des salles de classe aux murs desquels sont affichées des formules mathématiques, des frises historiques ou des biographies d’écrivains que je connaîtrai que plus tard…

Du camp, je ne me souviens que de bribes. Des bribes qui me reviennent au fur et à mesure que je conte cette partie de ma vie...
La première randonnées où je termine sur les épaules d’un des plus grands parce qu’étant la plus jeune du camp, j’ai droit à quelques faveurs, et que je n'ai pas l'habitude de marcher autant.
La randonnée au puy de Sancy, un jour où il ne fait pas très beau et où j’ai peur de tomber sur les cailloux et de m’abîmer l'arrière des cuisses comme une des filles devant moi. Et en plus, je crois que je découvre ce jour-là que j’ai le vertige, mais il y a une grande près de moi pour me rassurer et me donner la main.
La sieste quotidienne avant laquelle on reçoit le courrier, pendant laquelle on écrit aux parents et à la liste de personnes à qui papa et maman ont dit d’écrire, pendant laquelle je lis les livres que j’ai longtemps cherché dans la valise avant de les découvrir dans une petite poche, avec, dedans, un petit mot de maman caché.
Les veillées et les animations qu’on prépare, tous fiers qu’on est à 8 ans de participer au spectacle des grands… De ceux qui sont déjà au collège et qui chantent "L’école est finie" et "Capri, c'est fini". Je crois d’ailleurs que tout ma vie, à chaque fois que j’entendrai ces chansons-là, je repartirais mentalement au Maillet-de-Montagne, lorsque, en robe à fleurs, je regardais bouche bée les grands animer des mélodies pour moi encore inconnues.
L’arrivée de mes parents la veille de la fin du camp parce que nous passons les vacances à une centaine de kilomètres de là. Alors pas de retour en car pour moi. Un bisou vite déposé sur leurs joues après trois semaines d’absence, avec mon tee-shirt tout sale parce que je ne l’ai changé que lorsque l’on m’y a fait penser, avec mes sandales aux lanières cassées par les courses poursuites dans le parc et avec quelques photos potables encore cachées dans les appareils photo jetables. Je m’éclipse vite, il faut tout nettoyer, et le récurage des sanitaires, ça me connaît maintenant…

Et puis le camp prend fin le lendemain de la boum. Je pars même me coucher sans dire bonsoir à mes parents, les ayant complètement oublié à force de trémousser mon derrière dans mon déguisement de tahitienne avec mon joli paréo. Oubli qui me vaut d’ailleurs les remontrances d’une des monitrices qui me fait redescendre accomplir mon devoir de sage petite fille.
Lorsque le car s’éloigne, je fait un signe de la main à tous mes amis chanteurs qui reprennent la route de la Bretagne. Je suis triste mais je retiens mes larmes. Maman et papa sont si contents de me revoir, et en bonne santé en plus. Pourtant, pendant trois semaines, j’ai été une petite sœur, chouchoutée, encadrée, consolée. J’ai eu plein de frères et de sœurs, moi qui suis toute seule le reste du temps.

En trois semaines, je suis devenue dégourdie et j’ai trouvé une deuxième famille. Ce jour-là, je retrouve mes parents que j’aime beaucoup mais qui ont dû compter les jours les séparant de nos retrouvailles quand moi je savourais le plaisir d’être une au milieu de plein d’autres..

J’ai un nœud au ventre ce jour-là et je ne veux rien manger à midi. Anne-Laure, ma poupée, assise sur la chaise à côté me regarde. Maman lui a fait une nouvelle robe pour me faire la surprise. Et puis surtout, toutes les deux, on se retrouve.

Août 1991. Je passe la fin des vacances avec papa et maman. Je viens de partir pour la première fois pendant trois semaines sans ma poupée. Je me sens fière de moi. J’ai des souvenirs qu’ils n’ont pas, des photos prises moi-même, des écorchures sur les jambes. Et je crois que j’ai grandi…


Texte © Miss Alfie 2007
Image © Miss Alfie 2007 (Anne-Laure, la poupée retrouvée, et sa nouvelle robe, seize ans plus tard...)

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De vous à moi...

Devenit grand c'est ce qu'on désire le plus lorsqu'on est enfant et poutant...
1991 pour moi c'est une année très noire...

Réaction de matheo, jeudi 17 mai 2007 à 09:19

mille bisous a toi alfie
en tous cas j ai aimé tes textes mais ça c'est comme d'hab
bonne journée

Réaction de ioana, jeudi 17 mai 2007 à 12:30

Ah oui je vois mieux à présent.
Des bizettes

Réaction de Mélina LOUPIA, jeudi 17 mai 2007 à 14:34

Chouette texte. Je n'aurai ja mais pu partir à 8 ans. J'étais trop troutrouille !

Réaction de Bellesahi, jeudi 17 mai 2007 à 20:30

@Mathéo : C'est vrai... A huit ans, on s'imagine que le monde des adultes sera mille fois mieux, mais finalement... Des doutes susbistent... Disons que les deux ont leurs inconvénients et leurs avantages !

@ Ioana : Merci ma belle ! Je vais finir par rougir avec tous ces compliments... Heureusement, je suis assez cramoisie aujourd'hui pour que cela ne se voit pas !!!

@ Mélina : Disons que c'est l'autre côté de la barrière... Dans ton texte, j'ai relu toutes les angoisses de mes parents. Ici, je pense que tu trouveras tous les espoirs de ton enfant...

@ Bellesahi : Moi aussi, j'avais un côté troutrouille comme tu dis. Mais étant fille unique, c'était tellement bien de partager avec d'autres, avec des jeunes qui auraient pu être mes frères et soeurs.

Réaction de Miss Alfie, vendredi 18 mai 2007 à 09:44

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