mardi 1 mai 2007
Mille neuf cent quatre-vingt-trois
Il ne fait pas très beau ce jour-là, le ciel est gris sur leur ville bretonne. Un couple n'a pas beaucoup dormi de la nuit. La future maman, ronde et épanouie a eu ses premières contractions la veille au soir. Elle a continué ses occupations, préparé le dîner, fait la vaisselle, puis est allée se coucher, la valise pour la maternité prête, et sûrement posée près de la porte d'entrée. Le futur papa s'est allongé à côté d'elle. Lui a-t-il pris la main ? Lui a-t-il témoigné de l'affection ? C'est possible... Mais il devait être angoissé un peu quand même...
Au petit matin, elle prend une douche entre deux contractions et ils partent dans leur petite voiture blanche et s'arrêtent acheter des gâteaux à la pâtisserie pour le midi. C'est un dimanche, et un jour férié en plus ! Sa maman à lui est là, elle attend mon arrivée et celle de son mari dans l'appartement du quatrième.
Moi, j'ai pris mon temps pour toquer à la porte. J'ai voulu un peu de rabe, comme si j'avais anticipé les emmerdes de la vie. Il fait bon là-dedans, un peu sombre, un peu humide, mais bien chaud. Je suis nourrie dès que j'ai faim, je dors quand je veux, je bouge quand je veux, leurs voix me bercent, pourquoi sortir ?!
Mais j'ai dû sentir le mois de mai arriver ; et qu'avec lui, je pourrai découvrir l'odeur entêtante du muguet, la douceur du soleil, le parfum des arbres qui se réveillent après l'hiver, les doigts de pied dans l'herbe, les dimanches sur le sable... Et puis j'ai dû me dire que je les avais suffisamment fait attendre comme ça...
La future maman, ma maman, est radieuse, heureuse, sans doute un peu fatiguée quand même, peu consciente des douleurs puisque sous péridurale, et très certainement impatiente de me voir arriver.
Le futur papa, mon papa, attend que la sage-femme annonce l'heure tant attendue. Sur son tabouret en fer, il scrute sa montre, très certainement désireux lui aussi de voir ma frimousse. Ses parents patientent eux-aussi, toujours à l'appartement.
Papy est arrivé pour le midi, ils devaient tous manger ensemble ce jour-là. Vues les circonstances, le repas est abrégé et mon papa a dû repartir rapidement tenir la main de ma maman. Du moins c'est ainsi que j'aime à les imaginer, mes parents trentenaires. Papa avec sa barbe encore noire, ses grandes lunettes à la mode de l'époque et son ventre naissant ; maman avec ses cheveux noirs légèrement parsemés de blanc et arrondie par les affres de la grossesse.
Après avoir causée quelques angoisses au personnel présent en ce jour férié et par la même occasion à mes parents craignant de voir réduits en fumée une attente non pas de neuf mois mais de dix ans, je décide de pousser mon premier hurlement sur le coup de dix-sept heures vingt, au moment où le soleil fait une apparition dans le ciel breton et inonde la salle d'accouchement par la petite fenêtre du haut.
Je suis une fille, une petite guenon chevelue et bien dodue. Trois kilos trois centre trente grammes, cinquante centimètres... A peine arrivée dans ce bas monde, je pisse sur le ventre de ma mère sur lequel je repose, inconsciente de tout ce qui va désormais se passer dans ma nouvelle vie. Le médecin de service confirme : je suis bien une pissouse !
Le ridicule ne m'atteint déjà pas. Je repose pendant une semaine dans un de ces berceaux en plastique de la maternité, à côté de ma mère, dans une chambre par le plus beau des hasards numérotée 418 (4 pour l'anniversaire de ma mère, 1 pour le mien, 8 pour celui de mon père), envahie de fleurs, de cadeaux et de visiteurs, sous le regard on ne peut plus heureux de mes deux géniteurs, fiers de leur toute nouvelle et unique progéniture baptisée du doux nom de Anne-Françoise Marie Claire.
Six jours après cette arrivée tant attendue, je passe pour la première fois le seuil de ma nouvelle demeure, découvre ma chambre, mon lit, mes nounours, mes vêtements. Je décide très vite de ne pas embêter mes parents la nuit. Ils me manifestent tant d'amour que je ne peux que le leur rendre, dormant et mangeant goulûment. Ces deux activités étant à peu près les seules qui m'intéressent à l'époque.
Deux mois après mon débarquement dans ce bas monde, nous partons de ce logement au quatrième étage sans ascenseur en pleine ville pour aller habiter à la campagne, au milieu des écureuil et des lapins. Du jardin, je vois le bureau de papa qui m'entend pleurer lorsque je ne suis pas contente, ou que je tombe lorsque je commence à clopiner sur mes deux jambes potelées.
Je crois qu'à ce moment-là, j'aime beaucoup la vie, mes parents et mes nounours. Je ne me pose pas trop de questions, mes parents semblent enfin heureux, et moi je me laisse vivre, attendant les rituels qui règlent ma journée sans troubler leur tranquillité.
Texte © Miss Alfie 2007
Image © Maman de Miss Alfie 1983 (Petite guenon de quelques heures...)
De vous à moi...
Joli article... Je t'épargne les "oooh comme tu étais mignonne quand tu étais bébé !!!", même si c'est tentant ! Je te souhaite un très joyeux anniversaire et te fais plein de gros bisous pour tes 24 ans !
alors bon anniversaire Miss Alfie, toutes tes bougies vont-elles contenir sur un crumble?
Bizettes
Joyeux anniversaire la miss.
Bon anniversaire. Tu es toute jeune, je te croyais bien plus vieille que ça! c'est pas grave tu vas voir la vieillesse ça vient vite!bisous
Mais c'est vrai que tu es une grande fille aujourd'hui !!!
Je te souhaite un joyeux anniversaire et que cette vingt-quatrième année fiche la paix à tes petits soucis de santé et fasse battre ton coeur fort, fort, fort...
Gros bisous ma belle !
PS : je ne sais pas si la grenouillère te sied toujours aussi bien mais, à l'époque, cela faisait de toi un très joli bébé.
Joyeux anniversaire!!! (avec un poil de retard!)
T'as été gâtée? Je t'embrasse!
Joyeux anniversaire !
@ Mirabelle : Merci beaucoup ! Mais je suis sûre que mes parents diraient comme toi, et je sais, à l'époque, j'aurai pu être Miss Maternité !!!
@ Mélina : Il en suffit de deux... Et puis chuis pas si vieille que ça !!!
@ Mathéo : Merci, et merci pour ton clin d'oeil chez toi !
@ Ann : Comme quoi... Et non, j'ai encore l'espoir de pas fêter Catherinette... Mais bon, je sais, l'espoir fait vivre !!!
@ Plum' : Grande, enfin j'ai pas mangé assez de soupe, ou si, suffisamment pour plus rentrer dans ma grenouillère !!!
@ Ma2thieu : J'ai eu le plus beau des cadeaux : mes amis autour de moi...
@ Anna : Merci !
@ Tous, merci beaucoup ! Et je dédie ce billet à mes parents... car c'est aussi leur fête à eux...
oups je suis en retard... je m excuse!
je te souhaite en retard un bon anniversaire
douces pensées
a vite
ioana
@ Ioana : Il n'est jamais trop tard ! Et puis tu sais, j'ai l'habitude : les gens ont régulièrement un jour d'avance ou de retard... Ben oui, on bosse pas le 1er mai, et en plus y a pas de courrier... Et pour peu que les batteries du téléphone soient nazes... !!! Bisous à toi !
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