vendredi 13 avril 2007
Destins - Chapitre 2
Il s'agissait dans ce chapitre de travailler sur le fantastique.

Le ciel s’assombrissait et l’homme pressa le pas, la boule coincée sous son bras. Argelès-Gazost était une bien jolie ville l’été, quand le soleil brillait de tous ses feux. Mais lorsque les nuages le chassaient, certaines ruelles devenaient intrigantes, presque inquiétantes. La rue du stade, dans la ville basse, faisait partie de ses rues. Avec ses grandes maisons rapprochées et ses arbres centenaires, elle ne laissait pas passer un brin de lumière, en particulier lorsque le temps était couvert comme ce jour-là.
L’homme allait bon train, pressé de rentrer dans son logis, au numéro 15 de cette rue. Il arriva devant sa maison, l’une des rares, la seule peut-être, à s’élever sur cinq étages. Il ouvrit la porte d’entrée, salua la concierge assise dans sa loge, et monta l’escalier de bois en colimaçon, se retournant au moindre bruit, tel une bête apeurée. Arrivé au dernier étage, il ouvrit une porte au bout du corridor et entra. Il poussa un soupir de soulagement car il était enfin chez lui, dans sa petite mansarde.
Rassuré après avoir vu son reflet redevenu normal dans le miroir de la pièce, Michel Leroux s’assit et prit la boule. C’était un homme entre deux âges, mais qui n’était malgré tout plus dans sa première jeunesse. Le visage se reflétant dans la boule était celui d’un travailleur bon et malade. Ses cheveux et sa barbe, pratiquement gris, n’avaient pas dû être coiffés depuis plusieurs jours déjà. Son nez, immense, était disproportionné par rapport au reste de son visage, plutôt petit et ridé. Ses yeux, globuleux et effrayés, regardaient ce reflet assez bizarroïde.
Derrière lui, son salon, composé de deux fauteuils et d’une table basse dénichés chez un brocanteur paraissaient se déformer. La petite table en pin vernis prenait des allures de tissus volant dans le vent, et les cadres accrochés aux murs se tordaient, bougeaient, comme s’ils voulaient vivre eux aussi. Michel avait l’impression que tous ses livres allaient tomber sur lui, tant la bibliothèque se déformait, ressemblant bientôt à une grande bouche prête à l’avaler. Loin, très loin derrière, on voyait une fenêtre inerte avec des rideaux rouges, comme pour mettre un peu de gaieté dans cette pièce poussiéreuse et vieillotte.
Michel considéra sa main, celle qui tenait la boule. C’était une main d’homme âgée, qui avait travaillée la pierre pendant de longues années. Mais aujourd’hui, elle ne lui paraissait pas normale. Au moindre geste, elle se déformait. Était-ce encore sa main ? Lui appartenait-elle encore ? Ne devrait-il pas la couper avant qu’elle ne l’assassine ? Sa main, bête monstrueuse et dangereuse, se modifiait de plus en plus. Tout à coup, la fenêtre s’ouvrit, et le vent s’engouffre en rafales bruyantes dans la pièce, faisant voltiger tout ce qui se trouvait sur son passage.
Affolé, Michel remit la boule dans son papier avec précaution car il se rappelait les paroles du vendeur lui promettant que, tant que la boule serait entière, il aurait des jours heureux. Il se leva et alla fermer la fenêtre. Après réflexion, Michel préféra sortir de chez lui pour prendre l’air. La tranquille mansarde n’était plus aussi sûre. Il ouvrit doucement la porte grinçante, craignant trouver quelqu’un derrière, et sortit sur le palier. Il regarda la lucarne qui se trouvait au plafond et y vit une bête horrible et monstrueuse venir vers lui. Paniqué, il s’enfuit en courant.
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